30.01.2009

Ceci n'est pas une dédicace

Je n’écris pas, je n’écris plus. Et je ne le regrette pas. J’ai remisé mes mots sans même y penser, comme si de les compter n’avait soudain plus d’importance, comme si rien de tout cela ne me touchait vraiment.

Je me suis pendant un temps contenté de mes rêves.

De me désavouer j’ai éprouvé une sorte de joie, étrange, mesurée, légèrement honteuse mais si agréable. Car enfin, à quoi bon tout ça, devais-je penser sans vouloir le reconnaître ? A quoi bon ?

Mais on s’en fiche, de la raison première, fondamentale, existentielle, qui fait écrire. On s’en fiche même d’écrire. Ce n’est pas la question, d’ailleurs, il n’y a pas de question à trancher, pas de but à atteindre, pas de vérité révélée. Peut-être un désir de beauté, simplement. Ou de maîtrise du temps. En tous cas, quelque chose de profondément illusoire, et ce n’est pas grave, parce que la seule chose qui importe est bel et bien de savoir ce que l’on veut pour soi.

J’ai décidé que la réalité serait poussière face à ma détermination. J’ai décidé, ici et maintenant, ou peut-être il y a longtemps, dans un autre lieu de ma mémoire, que rien ni personne se serait jamais assez important pour m’empêcher de continuer. Je reviens toujours, n’est-ce-pas, je reviens toujours à la source des choses. Je reviens.

28.01.2009

Chère toi, chers tous, en guise de note de retour,

Une invitation à visiter une galerie : j'y suis allée, j'ai aimé !

 

Groupe 14 invitation.pdf

 

Il s'agit de quatre artistes exposant ensemble à la Galerie Montparnasse, entre abstrait et figuratif, entre extérieur et intérieur, "dehors - dedans", finalement. J'y suis allée comme cela, j'ai aimé ce que j'ai découvert, et adoré vraiment les palettes de couleurs utilisées.

05.12.2008

Langue et remémoration

"[…] J’avais oublié l’Anderer. J’avais oublié le lieu où je me trouvais. Mais soudain mon vertige cessa net. Je venais de tourner une page, et c’est alors qu’était apparue sous mes yeux, fragile comme des fils de la Vierge, d’une taille si minuscule qu’elle semblait presque irréelle, avec des pétales bleus frangés d’un liséré pâle et rose qui, à la façon de petites mains attentionnées, entouraient pour les protéger et les servir les étamines d’or disposées en couronne, la pervenche des ravines.

Sans doute ai-je poussé un cri. Il y avait la peinture de cette fleur là, devant moi, attestant de sa réalité, dans cet antique et somptueux livre posé sur mes genoux, et il y avait aussi le visage de l’étudiant Kelmar, qui s’invitait par-dessus mon épaule, lui qui m’avait tant parlé d’elle et qui m’avait fait promettre de la trouver. […]"

Philippe Claudel, in Le rapport de Brodeck, p. 303

03.12.2008

Une nuit, un rêve

J’ai fait un drôle de rêve, l’autre nuit. L’un de ces rêves qu’on voudrait bien ne pas avoir fait, mais dont on ne supporte pas qu’il puisse rester incomplet. Et que l’on tente de reconstituer en conscience.

Je ne suis pas certaine de devoir tirer la moindre conclusion de ce rêve, cela dit. Il était à ranger dans la catégorie des rêves agréables, mais comme souvent chez moi, comme presque toujours, habité d’une sourde inquiétude impossible à ignorer. Je savais que je rêvais. Au creux du sommeil, ma raison ne cessait de me le dire. C’était probablement parce que je le faisais au petit matin, ce rêve, après avoir une première fois émergé de ma nuit. J’étais en tous cas consciente de dormir, et je déteste avoir la faculté de me penser en train de dormir sans dormir tout à fait. Bref, peu importe, au fond. C’est le rêve en lui-même, dans son contenu, qui était déstabilisant. J’y vois l’éclatante ironie des différentes épaisseurs, des différentes couches, que peut créer le sommeil lorsqu’il est abordé comme un ennemi à circonscrire. Le vrai sommeil, celui qu’impose le corps, fait naître tellement de possibles que parfois, j’en ai peur. Le sommeil artificiel a ceci de réconfortant qu’en émergeant de son carcan, on a rarement des souvenirs à se mettre sous la dent, et ceci de pénible qu’en général il est difficile de lui échapper sans fatigue. Mais le vrai sommeil, le sommeil naturel si je puis dire, est riche d’un millier de mondes, chacun à découvrir, beaucoup à fuir. Ce rêve étrange de l’autre nuit m’a en quelque sorte échappé, voilà, c’est le mot. Il est venu de ce que j’avais pu me permettre de penser, et il a décidé d’aller dans une autre direction. Je le savais en le faisant, mais il m’était impossible de reprendre les rênes. Ce n’était qu’un rêve, pourtant. Rêvant, je me savais en train de dormir, et je savais aussi qu’à mon réveil tout s’effilocherait presque aussitôt. Ce que je déteste le plus est bel et bien la tentation irrésistible de poursuivre le rêve une fois éveillée, car il est inévitable alors d’affadir le ressenti tout en faussant le contenu de ce songe trop bref. Et je ne sais pas saisir l’émotion perçue à l’instant de la sortie du sommeil. Je ne sais pas faire ça.

Ce serait dommage, j’imagine, de renoncer pour autant à ses rêves, conscients ou non. Il est rare que je m’en souvienne, rare aussi que je souhaite les revivre pour arriver à la fin de l’histoire que se raconte mon esprit. Mais je me dis qu’en fait, là est toute la question : y a-t-il jamais la moindre fin à nos rêves ? Après tout, du moins en ce qui me concerne, les débuts sont toujours manquants, alors pourquoi y aurait-il une conclusion ? Je suis assez satisfaite de ne pas garder en mémoire mes songes, finalement. Qu’ils soient perturbants ou agréables, je les vis essentiellement comme un échec de la pensée, un échec des mots. Je n’arrive jamais à DIRE mes rêves, et rien que pour cela, je déteste m’en souvenir.

24.11.2008

La crise en débat

J’ai envie de penser que la fameuse et tentaculaire crise qui nous frappe en ce moment, crise financière, ou économique, ou les deux en un, ou autre chose encore d’indéfinissable, peu importe, que cette crise donc est avant tout une crise de la moralité. C’est facile, comme explication, réconfortant, même ; pour tout dire, cela a un côté « pensée magique » qui rassure en dédouanant les uns et en condamnant les autres. D’ailleurs, s’il ne s’agit pas d’une crise de la moralité, je ne sais pas ce que c’est, cette vague désespérante emportant l’économie installée, et l’ignorance est pire que n’importe quelle explication, n’est-ce-pas, c’est pour cette raison qu’il est si agréable d’adhérer aux théories du (ou des) complot(s).

Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’au fond, cette histoire n’a rien à voir avec une quelconque interrogation morale. Ni avec un choix de société. Ni avec tout ce dont on nous rebat les oreilles, dérives du capitalisme financier, perversion d’un système seul compatible avec la démocratie (le problème étant, bien sûr, que le capitalisme semble compatible avec n’importe quel régime politique, dictatures comprises), fautes de quelques-uns au nom du profit… Peut-on dire que le profit gouverne le monde ? Peut-on dire, simplement, que le monde est gouverné ? Je n’y crois pas. Et je n’ai pas envie d’à mon tour lancer l’anathème sur les banquiers inconscients ou les traders fous. S’ils ont créé les conditions de la crise, c’est parce que notre système le leur permettait. Et ce système, personne ne l’a voulu pervers, tout le monde y a vu le moyen d’avancer dans le sens désiré, tout le monde y a trouvé son intérêt. Quel que soit cet intérêt.

J’aimerais penser que si le sens moral avait été aussi bien partagé que l’appât du gain, nous n’en serions pas là, j’aimerais pouvoir me dire que cela aurait fait une différence, mais voilà : fondamentalement, je n’arrive pas à y croire. Sans doute parce que cette idée de moralité me terrifie presque autant que son absence constatée ou supposée. Sans doute parce qu’elle me paraît être une tentation occidentale, voire franco-française, de caractériser des événements qui nous échappent. Sans doute parce que je trouve tout aussi vain de vouloir afficher une exigence de moralité à la face du monde tel qu’il est, que de croire que l’autorégulation est forcément vertueuse, tous intérêts bien compris de part et d’autre.

Mais il faut bien porter un jugement sur cette crise, n’est-ce-pas ? Il faut bien prendre acte des événements, essayer de les enrayer, et faire en sorte qu’ils ne se reproduisent pas. Alors où porter le fer ? Qu’est-ce qui a mal tourné ? J’ai la faiblesse de croire, que rien n’a vraiment mal tourné, en fait, et que ce qui se passe aujourd’hui à l’échelle mondiale ressemble fort à ce que nous avions tous constaté au niveau de nos petites vies individuelles. Notre société occidentale se dévore de l’intérieur. Disons que le balancier se porte maintenant vers d’autres puissances, installées ou en cours de développement, et voilà que l’affolement nous gagne. Mais s’ils gagnaient des points ? Pire encore, s’ils faisaient comme nous ? Il semble de bon ton de penser que cela n’arrivera pas, parce que, paraît-il, nous avons déjà épuisé la plus grosse partie des ressources naturelles de notre planète, et que donc il faudra trouver autre chose sous peine de mettre en péril notre propre avenir d’humanité. Autre chose, mais comment donc ! Allons-y gaiement, la fleur au fusil ! Vers quoi, au fait ? Ah, oui, vers quoi, en effet. Nul ne le sait. Nul ne peut le savoir. Est-ce à dire qu’il vaut mieux ne rien penser de la crise actuelle, se contenter d’agir là où on peut le faire ? Ce n’est pourtant pas possible. Si les choses sont aussi cataclysmiques que nous le disent tous les gouvernants, d’ici et d’ailleurs, il doit y avoir une conclusion à en tirer. Et j’ai vraiment envie de croire que nous vivons un changement de civilisation majeur, oui, j’ai envie que la catastrophe annoncée soit en quelque sorte « rachetée » par un véritable virage vers autre chose, sans doute ni pire ni meilleur, mais simplement différent. L’homme s’inventant de nouveau, d’une certaine manière. Créant les conditions de sa propre évolution. C’est tout de même exaltant, comme perspective, non ?

21.11.2008

Le coeur du métier

 

Les lunettes

 

 

J’étais un livre. On effeuillait mes pages

Pour découvrir des signes, des empreintes

Or, je rêvais des archives terrestres

Ou d’un feu noir, mais chacun me lisait.

Des doigts mouillés, , des feuillets et des notes

Sur tout mon corps, et même cette plante

Se desséchant entre mes dents. La mordre

Fut mon désir tout le long d’un hiver.

Déchirez-moi. Je suis autre que Bible,

Autre que vers d’un poème fardé

Car je suis chair, et livre est la parure

Où je me cache. Et nul ne trouvera

Le seul secret que je cache en mes pages.

Il faut me lire avec les yeux.

 

Robert Sabatier, in Les poisons délectables, 1965.

18.11.2008

Lorsque les yeux se désillent

La panique est une bête aux dents usées. Sa première morsure est un déchirement brutal des chairs, l’agonie qu’elle entraîne se rumine avec délectation.

Mais la panique ne serait rien sans la cohorte sombre qui l’accompagne, de bruits étouffants dont chaque sursaut se mesure en douleur, de désarticulations désordonnées et fugitives du corps, de tous ces minuscules gestes qui n’aboutissent plus ou alors toujours au mauvais endroit. La panique ne serait rien si elle était simplement elle-même : une bête aux dents usées par l’habitude de la morsure.

Elle sait colorer la vie, chaque instant de la vie, d’une manière qui lui est propre. Et ce n’est ni noir ni gris, plutôt une brume tremblante et vague qui s’effiloche sur les murs de la réalité, les dissimule de flou pour mieux en gommer les aspérités, pour les armer de toute leur solidité masquée. La panique ne rend pas le vrai plus perceptible, au contraire ; elle le noie au milieu de ses vagues d’angoisse. Attachée au cœur, elle se contente de ne jamais desserrer sa prise, et c’est lorsque soudain on ouvre les yeux que le réel frappe. Car la panique n’attaque pas elle-même, jamais. Elle est un nid, un nid de douleurs informulées qui se nouent comme des racines et prolifèrent. Quelle bête immonde peut naître d’un tel berceau ?

14.11.2008

Dieu nous joue des tours

J’ai pensé à toi, ce jour-là, à toi seule de toutes les ombres qui grèvent mes souvenirs. Et pour la première fois depuis longtemps, si longtemps, ce n’était qu’un songe.

Tu n’es plus. Ni dans l’éparpillement des réflexions, ni dans la dureté d’une volonté concentrée en son point le plus raide. L’effacement a eu raison de toi exactement comme des autres. Erigée en conscience, en interlocutrice silencieuse et attentive, tu as perdu tout espace de respiration.

C’est toi pourtant que je recherche, depuis le début, depuis le tâtonnement. Et de t’avoir reconstruite à toutes forces, j’ai la sensation d’avoir favorisé ton évanouissement progressif, comme si la réalité ne participait plus des mots, mais uniquement du corps ; à vouloir l’oublier avec tant d’obstination, je n’ai fait que reculer encore le moment du contact. Je croyais vraiment que cela suffirait, tu sais, d’écrire l’espace où nous nous retrouverions. J’ai toujours espéré que cela suffirait.

J’ai pensé à toi ce jour-là, à toi seule, et pour la première fois depuis longtemps tu n’étais que cela : une pensée. Consciente, pesante, organisée. Je ne me suis pas retournée en croyant sentir ton regard, je n’ai pas imaginé une seconde le sourire qui aurait accompagné ton commentaire, ce sourire auquel je n’ai jamais rien compris, ce sourire qu’au fond, je crois, je déteste toujours, non, rien de tout cela ne m’a traversé l’esprit. Je pensais à toi, et puis, c’était tout. Et c’était simplement tragique. Une porte de plus qui se ferme, mais que ce soit celle-là, aujourd’hui, que ce soit celle-là dont j’entends le verrou claquer, est une mort en miniature. Une répétition absurde de la fin qui ne devrait pas avoir à advenir en épisodes.

13.11.2008

ANNONCE

Une annonce très rapide, puisque j'ai internet pour 5 minutes ce soir :


Samedi 15 novembre 08 - 15h -St-Germain-en-Laye (78)-

Samedi 15 novembre 08 - 15h -St-Germain-en-Laye (78)- Dans le cadre de Poésyvelines 2008 (la semaine de la poésie dans les Yvelines), cinq poètes du collectif 'Vers la Seine' liront leurs poèmes à l'auditorium de la Bibliothèque de St-Germain-en-Laye, 3 rue Henri IV (à côté du théâtre Alexandre Dumas).

ENTREE LIBRE.

Infos auprès de la Bibliothèque de St-Germain-en-Laye : 01.70.46.40.01

 

 

 

 

 

Pour plus de renseignements : http://verslaseine.hautetfort.com/accueil/

08.11.2008

Pas de notes

pour les trois à quatre jours qui viennent, et un seul mot d'ordre en ce qui me concerne : travail, travail, travail.