06.04.2009
Les mots hantés
Pourquoi oublie-t-on doucement, sans même s’en apercevoir, les mots d’autrefois, et ceux qui les ont prononcés, et la manière dont leur voix résonnait en le faisant ? Pourquoi le ton des choses s’aplanit-il dans notre mémoire comme si ce qui s’y gravait devait prendre le relief sinueux de notre esprit, et perdre celui du souvenir ?
Car il y a un ton des choses, oui. Pas une vérité, pas une acception définitive, mais un certain ton, indéfinissable et tendre souvent, un murmure de voix plus important que les mots eux-mêmes. Nous ne nous en rappelons pas. Nous écoutons seulement l’instant, jamais la durée.
La musique a cet effet aussi, mais la musique ne grave pas jusqu’au tréfonds du cœur. Elle lézarde la surface, rien d’autre. Seuls les mots forent assez loin pour provoquer en soi non pas l’exact ressenti de la première fois où nous les avons entendus, juste le regret d’avoir perdu cet instant d’écoute durant lesquels ils résonnaient dans une voix.
A moins que ce ne soit finalement la voix que je regrette le plus. La voix qui incarne. Celle que j’entendais autrefois, avec une netteté de tambour dans les plus forts moments d’émotion, comme une caresse face à la nuit à l’instant d’affronter le sommeil. Celle qui se confondait pour moi avec les mots, et qui n’est plus rien qu’un regret.
Mais j’ai engrangé tant de phrases, tant de courts échanges comme gribouillés au coin de ma mémoire pour que continuent de vivre en moi, en nous peut-être, entre nous, les mots. Et ceci avait été dit, et cela encore, et tous ces petits riens qui sont entassés dans ce coin, je m’en souviens. Montagne d’échos sans son, n’est-ce pas étrange ? Montagne d’échos morts. Que fait-on de cadavres entassés lorsque la vie nous change ?
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30.03.2009
Qu'est-ce qu'un "texte bien écrit" ?
Dans ma note précédente, j’ai utilisé la formule « bien écrit » pour qualifier le texte de Pierre Maubé, formule qui m’est venue naturellement et qui n’a suscité au préalable aucune réflexion de ma part.
C’est en y repensant que je ressens le besoin de préciser ma pensée. Un livre, un texte bien écrit, cette formule sanctionne en général une certaine, comment pourrais-je dire, une certaine conformité de style à ce qu’il est convenu de considérer comme une norme littéraire, une norme du « digne d’être imprimé et rangé dans la catégorie œuvre littéraire ». Elle a un côté presque péjoratif, en tous cas minorant, auquel je n’avais pas songé en l’employant. Pour moi, bien écrire est à la fois beaucoup plus complexe et beaucoup plus simple. Il s’agit d’abord de style, et le style, hé bien, c’est ce qui permet dans un texte comme celui de Pierre Maubé de dire sa pensée, toute sa pensée, avec la force de frappe que constituent les mots.
La définition paraît encore vague, n’est-ce-pas ? Peut-être devrais-je alors plutôt dire que le style, à mes yeux, se résume en fait non pas à la seule musique des mots, mais à l’écho qu’ils rencontrent. Que je vois le style comme l’adéquation du texte et de son lecteur. Qu’il s’agit d’atteindre son but. Au bout du compte, on écrit toujours à quelqu’un, à destination de quelqu'un, pas pour le simple plaisir de faire joli. C’est exactement ce que dit l’intervention de Pierre Maubé, et c’est le rythme, le balancement, imposé à ses mots qui retient l’attention, me semble-t-il.
En relisant ce paragraphe, je ne suis toujours pas satisfaite de ma tentative d’explicitation. Finalement, il est sans doute raisonnable d’admettre que je ne sais pas ce qui m’a convaincue, dans le texte mis en ligne vendredi dernier : le contenu de l’intervention, ou la manière dont il était établi non seulement par les idées exposées, mais surtout par l’agencement des mots. En réalité, le texte est une réussite parce qu’il réalise dans son écriture propre ce qu’il entend affirmer par ailleurs : les mots n’ont pas qu’un sens, ils ont aussi un pouvoir. Et c’est ce pouvoir que la poésie traque sans relâche.
Je ne sais pas si ainsi j’éclaire mon ressenti. Je suppose que je prends sans vraiment le vouloir prétexte du texte de Pierre Maubé pour renouveler une fois de plus mon attachement à la forme des choses. Mais la forme demeure inextricablement liée au sens que nous donnons, nous lecteurs, à ce que nous lisons. Comment pourrais-je jamais en faire abstraction ?
09:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.03.2009
La parole à d'autres
Le texte que je mets aujourd’hui en ligne a été prononcé par Pierre Maubé lors de la présentation, le mardi 24 mars, de l’Année poétique 2009, au centre Wallonie-Bruxelles, à Paris (voir ma note précédente).
Pourquoi ai-je tenu à lui donner un écho, si modeste soit-il ?
Hé bien, d’abord parce que dans ce qu’il évoque, je me reconnais, en partie. J’y discerne une certaine éthique du langage, la poésie conçue non comme une excuse ou une célébration timide de ce qui est beau, mais comme la tentative volontaire d’exprimer le vrai, celui qui se dissimule derrière les simples faits.
Ensuite parce que dans une conception peut-être un peu militante, ce texte affirme haut et fort que la poésie mérite de rencontrer son public. Et qu’il faut se battre pour le lui permettre.
Enfin, parce que, tout bêtement si je puis dire, ce texte est bien écrit. Voici donc Pierre Maubé, disant ce que nous voudrions sans doute entendre plus souvent.
L’Année poétique 2009 (Seghers)
Ce livre est un pari. Un pari ambitieux, fou peut-être. Nous avons voulu donner une idée du foisonnement poétique, de la profusion, de la floraison créative actuelle. Ici et ailleurs, maintenant … et maintenant : en 2008.
Mission impossible ? Sans doute. En effet, jamais peut-être il ne s’est tant écrit et publié de poésie de langue française, du Liban au Canada, de la Belgique au Sénégal, de la Suisse au Maroc, de la France à la Roumanie.
Jamais peut-être n’ont paru autant de poèmes : en recueils, dans des revues, sur Internet, sur des affiches, dans le métro…
Mais ce foisonnement, cette profusion, cette floraison sont toujours ignorés des médias nationaux, et c’est une des hontes de notre époque. Ce qui s’écrit n’est pas assez lu, car pas assez connu.
Pourtant les lecteurs de poésie sont là, leur besoin de poésie est là, leur attente est là, présente. Le moindre concours de poésie suscite l’envoi de dizaines, de centaines de textes, traduisant ce besoin de ne pas réduire les mots à leur usage quotidien.
Alors, notre seul espoir, ce sont les médiateurs, les passeurs de poèmes : les enseignants, les journalistes, les libraires, les documentalistes des lycées et collèges – et vous, mes chers confrères : les bibliothécaires.
Ce n’est pas facile ? Peut-être. La poésie n’est pas décorative. Elle n’est pas jolie, elle n’est pas là pour faire joli, elle n’est pas ce bouquet de fleurs que l’on pose sur la table du salon pour donner un peu de couleur aux habitudes.
Oui, c’est comme ça : la poésie n’est pas rassurante. Elle n’a rien à voir avec la joliesse, l’harmonie, la musique d’ambiance. Elle a à voir avec la beauté, c'est-à-dire avec l’intime. Et avec le sacré. Avec la matière et l’esprit, ces deux faces d’une même médaille, avec l’organique et le mystère, avec le ressenti et le pressenti, avec le désespoir et la révolte, avec le présent et l’avenir.
Elle est ce qui change notre rapport au monde, elle est la marche qui devient danse, la parole qui devient chant, qui devient cri, résonance essentielle.
Alors, là, dans ce livre : 125 poètes. D’ici et d’ailleurs. De maintenant. Présents, parmi nous, à nos côtés. Nos compagnons invisibles.
25 poètes belges, dans le dossier établi par Patrice Delbourg. Et 100 autres poètes, de tous les horizons.
Mais aussi des adresses, des coordonnées, des références : maisons d’édition, revues, sites Internet, éditions sonores, Maisons de la poésie - et bibliothèques (une nouveauté).
Beaucoup manque, c’est certain – et nous comptons sur vous pour que l’Année 2010 soit encore plus complète !
Mais, tel, je crois qu’il s’agit là d’une assez belle invitation au voyage.
Bienvenue à bord.
Pierre Maubé
Centre Wallonie-Bruxelles, mardi 24 mars 2009
09:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Parution de l'Année poétique
L'Année poétique 2009
Éditions Seghers
Patrice Delbourg, Pierre Maubé, Jean-Luc Maxence.
L’Année poétique se poursuit pour la quatrième année consécutive.
En 2009, un pays invité : la Belgique.
Depuis 2005, les Éditions Seghers renouent avec une tradition : offrir au lecteur un panorama des poèmes de langue française publiés au cours de l'année écoulée.
Le concept de L'Année poétique est parvenu à s'imposer dans le paysage éditorial parce qu'il propose un état des lieux et un véritable guide de la poésie la plus contemporaine : il comporte, en annexe, toute une série de renseignements utiles, parmi lesquels un annuaire des maisons d'édition, des revues, des sites web et des organismes culturels.
Plus de cent vingt poètes se côtoient dans cette nouvelle anthologie ouverte à la diversité des formes et des fonds, des écoles et des pratiques, des tendances et des inspirations. Les auteurs proviennent de tous les horizons de l'espace francophone, de France mais aussi de Suisse, du Québec, du Maghreb, d'Afrique noire, des Antilles ou d'Océanie.
Toutefois, un pays est l'invité d'honneur de cette édition 2009 : la Belgique. Les nombreux poètes belges présents dans l'ouvrage offrent l'occasion de découvrir une poésie d'une surprenante vitalité. Ils permettront aussi à ce pays divisé par le bilinguisme de « faire entendre son chant sur la place du monde ».
Patrice Delbourg, né en 1949, est à la fois poète, romancier, chroniqueur, complice des "Papous dans la tête" sur France Culture. Il est l'auteur d'ouvrages qui témoignent de son goût du réalisme désenchanté et d'un humour souvent corrosif : Toboggans (L'Athanor, 1976), Les Désemparés (Le Castor Astral, 1996) et Les Jongleurs de mots (Écriture, 2008).
Pierre Maubé, né en 1962, partage son temps entre son métier de bibliothécaire et la poésie qu'il défend avec ferveur. Il est l'auteur d'une anthologie de poésie contemporaine et de six recueils poétiques, parmi lesquels Nulle part (CPV, 2006) ou Psaume des mousses (Éclats d'encre, 2007).
Jean-Luc Maxence, né en 1946, défend la poésie contemporaine depuis de longues années à travers des publications, les revues qu'il a créées ou la maison d'édition qu'il dirige. Il est l'auteur d'essais, de recueils poétiques, d'anthologies comme l'Anthologie de la poésie mystique contemporaine (Presses de la Renaissance, 1999) mais aussi de la monographie consacrée à Jean Grosjean dans la collection " Poètes d'aujourd'hui " (Seghers, 2004).
Caractéristiques :
Parution : 8 avril 2009
Format : 130 x 195 mm,
ISBN : 978-2-232-12308-5
Service de presse :
Caroline Babulle
01 53 67 14 50 (cbabulle@robert-laffont.fr)
Juliette Duchemin (Régions et Suisse)
01 53 67 14 57 (jduchemin@robert-laffont.fr)
Brigitte Forissier (Belgique)
00 32 2 345 06 70 (auteurs@skynet.be)
Marie-Ève Provost (Canada)
514 282 3946 (meprovost@robert-laffont.ca)
09:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.03.2009
Enfance
Dans cette maison-là, le temps était différent. A la fois rythmé et lent, lent parce que rythmé sans doute, comme un battement d’aile au ralenti.
Dans cette maison-là, les heures étaient une consistance, une matière mouvante et souple, de l’étoffe qui pesait sur les épaules.
Mais chaque heure durait un instant, chaque heure était une éternité, et jamais depuis le temps n’a eu ce goût de réel , cette odeur de possible qu’alors nous respirions.
Dans cette maison-là, les jours avaient un début, et pas de fin, et il suffisait d’y pénétrer pour que tout soit de nouveau pareil. Dans cette maison-là j’ai construit mon peu d’histoire figée, en toute inconscience, en toute innocence. Ce n’était rien. Des heures accumulées qui se ressemblaient d’année en année, des changements qui s’effaçaient dès le seuil franchi, des habitudes retrouvées avec le même plaisir que l’on croque un fruit de saison. Et du soleil dans la bouche, et de la joie dans le cœur, tout un répertoire d’instants patiemment collectés, réassemblés, bâtissant les murs de la mémoire. Ce n’était rien, sinon un chez-soi.
Dans cette maison-là, le foyer était une personne, et je ne le savais pas.
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27.02.2009
La voix
Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
Avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
Jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
Quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
Puisque le jour n’est pas autrement précédé
Par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
Silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
Aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
Sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le cœur
Qui ne cherche la possession ni la victoire.
Philippe Jacottet, in Poésie (1946-1967)
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25.02.2009
20 février 2009
Les couloirs du métro, la rame, étaient déserts ce matin. En passant, j’ai même jeté un coup d’œil dans la cabine du conducteur, à demi persuadée qu’il n’y avait personne. Pas âme qui vive. Mais quelqu’un marchait, quelque part, j’entendais ses pas résonner. Le son était tout aussi perturbant que l’absence de passagers. Je ne pouvais pas savoir d’où il venait , en réalité il venait de partout, démultiplié par l’ampleur déserte des couloirs. Il y avait un nœud d’intersection, je m’en souvenais, un peu plus loin, trois gueules ouvertes qui se dévisageaient chacune menant dans un membre différent de la ville qui habite sous la ville. J’ai pensé à Lovecraft. J’ai laissé filer le son sans jamais apercevoir celui ou celle qui le produisait. Car il n’y avait personne, ce matin. Là où fourmille la foule, il n’y avait personne. Alors j’ai ralenti le pas, juste pour entendre disparaître l’être hantant les couloirs, juste parce que l’image de ces couloirs déserts était inattendue et séduisante. J’aurais voulu rester vraiment. Voir un monde ignoré se dévoiler par ma seule patience. Être, enfin, celle par qui naissait l’ailleurs.
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13.02.2009
En entendant quelques mots à la télévision
C’est Danielle Sallenave qui le dit, et de fort belle manière : la lecture est une chambre d’échos.
L’expression m’a fait redresser la tête, je dois dire. Une chambre d’échos, en deux termes rapprochés, voici soudain l’un des effets banals de la lecture qui résonne, poétiquement parlant, comme une révélation. Mais si l’on admet que tous les livres lus au cours de notre vie continuent de parler bien après avoir été fermés, qu’ils dialoguent entre eux au-dessus de nos têtes, et bien plus profond dans nos cœurs… oui, si tout cela est vrai, qu’en est-il des voix ainsi perçues ? Sont-ce des souvenirs ? Qui se mêlent à ceux que nous conservons des vivants ? Il m’arrive, il m’arrive très souvent de sentir monter en réplique une phrase entière retenue je ne sais plus quand, lue je ne sais plus dans quoi. La mémoire a de ces fantaisies, et comme elle se construit par substrats concomitants, elle se perd elle-même à vouloir trop retenir. Les mots lus sont pourtant là, ils me parlent, ils parlent aussi à ma place, ils fournissent à une pensée peu construite l’armature de leur victoire imprimée. Je les ai donc reconnus miens, à un instant quelconque. Savent-ils que je suis leur, pendant ces secondes brèves ? Mais sans doute ne l’ai-je jamais été, des leurs, de leur descendance, pas vraiment, pas comme si je les avais écrits moi-même. Ce ne sont que des souvenirs, vivaces certes, mais des souvenirs de mots. Des fantômes de mots. Et je me demande où est ma propre voix, dans ce fleuve épais qui charrie tant de phrases appartenant à d’autres. Je me demande si j’ai une voix.
La lecture est donc une chambre d’échos. Dans laquelle les livres et leurs auteurs poursuivent leur dialogue à travers chacun d’entre nous. Il devrait y avoir un signe extérieur à cette habitation partagée qu’est la mémoire de chaque lecteur, une enseigne au néon, peut-être, un gyrophare, quelque chose de bien clinquant en tous cas. Nous saurions qui parle en nous ou à travers nous. Je crois que ça peut rendre fou, l’écho. A moins d’être étouffé par un écho plus puissant encore, l’écho d’un gong, d’un cri, l’écho d’une rage, oui, une rage. La mienne. D’être lectrice, et lectrice d’obsessions, oui, ça me met en rage. Est-ce que ma rage est plus forte que les mots des autres ? Non, sans doute. Et d’ailleurs, de quel droit le serait-elle ? Quand donc mes mots ont-ils affirmé assez fort pour faire de la chambre d’écho leur alliée ? Peut-être un jour, de tous les mots qui logent ma mémoire seront-ce les miens qui résonneront le plus fort. Peut-être, peut-être pas, mais ce n’est pas si grave : j’ai tous les autres pour parler à ma place. Je ne sais pas si la lecture est une chambre d’échos, mais je sais que ma mémoire, elle, en est pleine, de ces redoutables échanges d’autres que moi au-dessus de moi. Et, finalement, c’est mieux que rien.
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Hiver VI
Je ne suis plus qu’avec toi depuis si longtemps.
Les basses forêts de l’hiver sur l’horizon
Assiègent depuis si longtemps notre royaume.
Tes regards sont les matins fragiles du ciel.
Ton geste a la gravité du nuage errant.
Si tu rêves le jour s’arrête sur les flaques.
Une ombre s’assied près de nous si tu t’endors.
Plus un fruit, pas de fleurs encore, aucun tapage,
Aucun feuillage à part d’erratiques genièvres,
Point de passant sinon la corneille ou la pie
Ou l’heure avec son pas tranquille à travers champs.
Les dieux ? quels dieux ? à moins de ton rire insolite
A la croix des chemins vicinaux, ton rire
Avec pour temple un silence énorme au-dessus.
Jean Grosjean, in Hiver,1964
07:45 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.02.2009
Dialogue
Un mot de toi, un mot de moi et les deux entrelacés, c’est ce à quoi je pensais en marchant. Un mot de toi comme une corde lancée dans le vide, là où j’étais, là où je serais, quelque part ailleurs en tous cas et si proche qu’en tendant la main je sais pouvoir la saisir. Un mot de toi prononcé à voix basse, sans doute, murmure inexpliqué que moi seule entendrait. Que moi seule comprendrait.
Et un mot de moi en réponse. Un souffle sans voyelle ni sens, respiration intime et heurtée de tout ce qui ne sort pas. A toi, pour toi, dans l’espoir de toi enfin retrouvé.
Et tout cela dans le silence, comme toujours, comme autrefois, comme du temps où les choses étaient simples à fuir. Réalité ou rêve, ce fut les deux à la fois, cela le redeviendra. Pour un mot de toi j’en construirai cent, voilà. Un serment.
09:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


