21.09.2009
Chère toi,
Aujourd’hui, je voulais te parler de ma lettre, celle d’hier soir, celle qui s’est grossie de la nuit passée et qui est morte, tranquillement, au matin.
Et puis il s’est trouvé qu’elle mentait, cette lettre. Sur toi, sur moi, sur ce qui nous a autrefois habitées. Sur le sens profond de tout ça, tu vois.
Mais au moment même, elle sonnait vrai. Elle disait quelque chose que je ressentais vraiment. L’instant passé, elle est devenue lettre morte, au sens propre. Fallait-il alors la conserver, trace fragile d’une émotion intacte et fugace, ou l’enterrer profondément pour accueillir la suite, le reste de mes pensées ? Je me suis posée la question, je n’y ai pas répondu. Je n’en ai pas envie, voilà. Les émotions à durée de vie limitée, cela m’angoisse.
Tu ne sauras pas ce qu’elle disait, parce que la nuit ne porte pas toujours conseil. Moi-même, je ne sais déjà plus ce que je prétendais écrire. Il fallait le faire, je m’en souviens, mais ce n’était que le geste qui me manquait, le geste physique plus important que le sens lorsque l’heure tourne. Et finalement, le point important de tout cela, c’est que je t’ai écrit. Toute une lettre, avec un début, et une fin, et aucune pause dans mes pensées, au « fil de la plume » vraiment. Comme lorsque nous discutons, sauf qu’y manquait l’immense forêt de nos hésitations verbales. Ce n’était pas une conversation, ça non, nous n’avons pas le don, plutôt une rêverie, une rêverie nocturne. Un impromptu au piano, en somme.
Aujourd’hui, je pense à autre chose. Et dans cet autre chose, tu n’as aucune part. Je t’y regrette, en quelque sorte. Mon mot de ce matin est ma manière de te faire une place là où tu n’es pas, pour conjurer tous ces instants qui t’appartiennent et que je rejette. Bienvenue à toi.
10:17 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
J'aime beaucoup la façon dont tu mets en mots ton univers
Un univers dont le lecteur n'a pas les clés
Mais au départ de ces mots on peut partir soi-même dans ses propres profondeurs
C'est très étrange, très dense et très fort à la fois...
J'ai envie moi aussi de te dire: bravo!
Ecrit par : Coumarine | 23.09.2009
Et bah mo, j'ai envie de te dire merci parce que cette lettre là me parle de celle que j'ai pu lire un jour (en cachette de ma fille ainée) Elle disait combien elle me détestait. Cette lettre je l'ai trouvé dans la corbeille...
Tu as sans doute compris ce que "tu m'as dit". Sans autre mot je te remercie une dernière fois pour le "frais" que ta lettre m'a apporté aux souvenirs tristes de l'émotion de ce fichu jour... Mort depuis toujours.
Ecrit par : Catherine | 23.09.2009
Tu possèdes un souffle rare.
Mots coups de poing souvent mais ciselés...
Mots d'orfèvre.
Pour la clé, chacun trouvera celle qui lui convient.
L'essentiel c'est qu'une clé ouvre une porte et les tiennes en ouvrent tant.
Ecrit par : Mina B. | 24.09.2009
Merci, Catherine, pour la visite comme pour les commentaires. Des souvenirs réveillés... c'est étrange, par des mots qui n'y pensaient pas, qui s'appliquaient à une autre situation. Heureuse en tous cas du ressenti provoqué.
Mina B., c'est une joie de pouvoir croire que des portes s'ouvrent. Je ne le pensais pas. Merci en tous cas, de parler d'écriture.
Ecrit par : Cameron | 24.09.2009
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