26.07.2009
Ce que les "vieux" écrivains ont à nous dire...
Lu avec plaisir, récemment, les chroniques de François Mauriac sur la télévision éditées chez Bartillat. Il y est bien sûr question d'émissions que je ne connais pas, d'autres dont j'ai entendu parler comme appartenant à "l'âge d'or" de ce média sans jamais les voir. A priori et a posteriori, ce qui a le plus titillé ma mémoire, ce sont les films traités, et certaines pièces de théâtre.
Pourtant l'ensemble est intéressant, à la fois parce que François Mauriac se positionne en spectateur innocent, vierge, ce qui est presque la vérité, et parce que, regardant la télévision, il ne peut pour autant oublier qu'il est écrivain. En le lisant, j'ai trouvé donc un curieux mélange de bonne foi et de réticence. Mauriac voit le Tour de France (c'est de saison) et en conclut qu'il s'agit là du spectacle le plus bête auquel il ait jamais assisté, pour souligner aussitôt la beauté des paysages montrés à cette occasion. D'ailleurs, très vite, le football lui paraît pire encore, ce à quoi, spectatrice d'aujourd'hui et donc soumise à la menace d'un match diffusé par jour, je souscris pleinement. Par contre, Mauriac reste émerveillé du début à la fin par la Piste aux étoiles.
Il commente les grandes émissions littéraires, et déjà se fait jour l'impossible équation entre la pédagogie nécessaire du spectacle télévisuel et le risque de faire un sujet réservé aux seuls initiés. Le livre, les livres, sont dès les débuts enfermés, condamnés. Mais il faut lire ces pages brèves, qui permettent à Mauriac de se souvenir de Gide, de Cocteau, de tous ceux qu'il a connus et vus partir. De Piaf aussi, de Gérard Philippe, "une voix" qu'il n'aimait pas, qui lui manque, parce qu'elle était jeune.
Pas d'actualité dans ses chroniques, domaine qu'il réserve au Bloc-notes, mais la vision affirmée et profondément questionnée en même temps du monde moderne par un catholique dont la foi est essentiellement pessimisme. C'est un vieil homme qui regarde le média neuf qu'est la télévision. La postérité l'inquiète, mais ne réduit pas l'acuité de ses enthousiasmes. Le monde change sous ses yeux, et il continue de le contempler, il en fait partie. Jamais il ne masque qui il est, jamais non plus il n'en tire argument. C'est ce qui fait tout le sel de ses chroniques, et si l'on voit déjà apparaître au fil des pages l'éternelle discussion de la voie étroite entre média culturel et média populaire, l'intérêt à mes yeux a bien été de lire un regard porté sur le monde tel qu'il se montre. Un regard neuf et ancien à la fois, non dépourvu d'indulgence.
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Commentaires
"Il nous arrive bien des choses indifférentes ; nous les voyons sans regret tomber dans le gouffre du passé. Mais quelque chose, tout à coup, exige de durer."
Daniel-Henry Kahnweiler
"Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité."
Victor Hugo
"Dans notre effort, que recherchons-nous ? Le repos, le bonheur ? Non, rien que la vérité."
Friedrich Nietzsche
Oui, "un regard neuf et ancien à la fois"...
Bien à vous,
I.
Ecrit par : Iskander | 14.09.2009
Merci, Iskander, d'être venu rompre le silence qui régnait ici depuis trop longtemps...
Ecrit par : Cameron | 17.09.2009
"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire."
Jean Jaurès
Mais il faut peut-être encore plus de courage pour dire que pour chercher. Non ?
"Dire est une question d'intrépidité."
Dominique Fourcade
Alors ? Oublier ou publier ? Enterrer ou proférer ?
"Le Verbe a ceci de commun avec l'ongle que sitôt incarné il devient insupportable."
Georges Henein (ou Louis Scutenaire ? je ne sais plus)
Ecrit par : Iskander | 17.09.2009
Ma perpétuelle hésitation : dire en plus de penser... Ou ne penser que ce que l'on peut dire, se mettre à penser ce que l'on dit. Un dilemme dont je ne sortirai que vaincue, sans doute. Mais quel beau combat, en attendant !
Ecrit par : Cameron | 21.09.2009
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