22.06.2009
Ci-gît un homme dont le nom fut écrit dans l’eau
Cette épitaphe, de Yeats, je crois, me hante depuis longtemps, non pas seulement qu’elle exprime l’inanité de toute vie, à fortiori de toute gloire littéraire ou autre, mais plutôt parce qu’écrire dans l’eau est un rêve. Un rêve de fou, qui verrait se confondre l’acte physique de former les mots avec la totale fluidité du support, et ne resterait qu’une flaque liquide de l’effort produit.
Une mort d’homme ne mérite pas davantage, puisque par définition elle n’est rien. Mais on a écrit le nom de cet homme, on a écrit qu’il avait été écrit dans l’eau, disparu aussitôt, bien sûr, et on s’en souvient. Pas du nom. Pas de l’existence même de cet homme. Sûrement pas de ce qu’il aurait accompli de son vivant non plus, ils sont bien rares, les actes dignes de nous survivre. On se souvient juste que quelqu’un a écrit quelque chose.
Je ne connais pas de plus belle justification à la littérature que celle-là, qui est mensonge, qui est promesse d’oubli du fait et pourtant mémoire en marche de sa propre réalisation concrète. J’écris. J’oublie ce que j’ai écrit, j’oublie même qu’un jour un « je » a écrit, mais peu importe, car il y a tant de je possibles et tant d’écrits interchangeables. Et tant de sens à donner aussi. Nous reste la réalité de l’écriture. Elle, tangible, elle, solide même dans l’eau, elle qui est notre vraie mémoire. Elle qui devrait être le seul lieu du repos.
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17.06.2009
Mort intérieure
Ce matin, le réveil fut une sortie de terre. Littéralement. Je m’échappais d’un rêve qui était agréable mais allait se terminer en tragédie, je le savais parce que je tentais sans cesse de remettre le compteur au début. Brutalement tirée du sommeil par un coup de sonnette qui a résonné dans mon appartement à 4 heures du matin, j’ai eu l’impression de me lever cadavre. Et cadavre je suis restée, à l’instant où j’écris ces lignes.
Mais ce n’est rien, en fait. C’est juste que je suis enterrée vivante. Que j’étouffe. Que l’année à venir sera hors de moi au moins autant que l’année qui est en train de s’achever. L’idée de des semaines entières, de mois, s’échappant sans que j’y puisse rien me tétanise. La vie me dévore, l’autre vie, celle qui me passionne et que pourtant, viscéralement, intuitivement, je ne peux m’empêcher de redouter. Je ne suis plus très sûre de ce que je donne, je sais seulement que je le donne au lieu de garder mes forces. Et ce sont des silences imposés qui se multiplient en moi. Mon rêve bien sûr, n’était rien d’autre qu’un rêve, et ce coup de sonnette dont j’ai eu tellement peur a eu le mérite de m’en sortir. Mais que les choses soient si simples, non, je ne veux pas le croire. Je ne veux pas être la proie de ce cadavre intérieur qui ne se laisse même plus envahir par l’abattement, qui a raidi toutes mes émotions. Je veux vivre de nouveau. Sentir, avec un peu de chance, la réalité des choses, palper à tort et à travers la matière même des rêves, ne plus avoir peur, surtout.
Est-ce qu’on décide de ces choses-là ?
Ou est-ce que tout le monde meurt à petit feu, et je ne le savais pas ?
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