08.05.2009

Bloguer ou ne pas bloguer ?

Depuis que j'ai ouvert ce blog (ça fera bientôt deux ans), j'ai assez peu exploré la manière de communiquer propre à ce média puisque, il faut bien le dire, communiquer n'a jamais été vraiment ma préoccupation.

Cela écrit, je me pose tout de même des questions. Ce lieu que j'assimile à la page blanche d'un carnet, qui est donc pour moi un espace physique, suscite des manières très diverses de formulation qui n'ont souvent pas grand-chose à voir avec la norme écrite dont j'ai l'habitude. Oui, je sais, on parle sur un blog de tout et de rien, mais une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit. Il doit y avoir de multiples raisons qui poussent quelqu'un à ouvrir un blog ; moi, j'y ai vu surtout la facilité, parce tout était déjà prêt et que je pouvais commencer sur le champ. Ce qui m'a plu aussi, à moi velléitaire plus ou moins assumée, c'était la contrainte. On se sent d'une certaine manière obligé de mettre quelque chose en ligne, et peu importe que ceux qui lisent, quand il y en a, ne soient qu'un nombre enregistré, "statistifié" par la machine, il y a une notion de devoir dans le fait de prévoir une note.

 Il faut pourtant bien parler de quelque chose. La plupart du temps, je n'ai guère envie de m'interroger sur ce qui suscite l'écriture d'une note, et pourtant, je passe parfois de longues journées sans avoir rien à dire sur rien. Puis en mettant en ligne, je suis toujours face à cette questiuon douloureuse : mais à quoi bon ? Quel est l'intérêt ? D'où mon questionnement égoïste sur la pratique des autres, sur ce qu'on appelle apparemment la blogosphère, un monde qui m'est, je dois l'admettre, étranger. Je connais peu de blogs et ceux que je fréquente parlent pour l'essentiel de littérature, ce qui ne surprendra personne, j'imagine. Pourtant, il y a aussi des gens qui semblent ouvrir assez largement leur espace virtuel, bien plus largement que je ne pourrais jamais le faire. Je ne l'ai pas encore écrit, en fait, c'est le mot que j'évite depuis le début de cette note, et pourtant le voici qui force le passage : intimité. Un mot si complexe. Je n'ai pas envie (ni le savoir pour le faire) de disserter sur l'étrangeté qui consiste à mettre l'intimité au premier plan de la communication, mais tout de même. Ce qu'on dit sur un blog, c'est un peu de soi, n'est-ce-pas, un peu seulement. Certains savent de toute évidence créer le récit de leur propre intimité de manière à la fois contrôlée et sincère à ce qu'il semble, étant entendu que rien n'est plus difficile à apprécier justement que la sincérité. Cela m'intrigue. Cela suppose de considérer sa vie quotidienne, et ses questionnements fugitifs, dignes d'intérêt. Cela suppose aussi d'ouvrir son intimité à celle des autres, dans un échange risqué. Que certains y parvienent suscite sans conteste mon admiration. Mais j'aimerai savoir, derrière ces écrans colorés qui cultivent nos détails comme autant de vérités premières, donc universelles, que se passe-t-il vraiment ? Quel est l'impact du dévoilement virtuel ?

 Ecrire une note est d'abord un moyen de réfléchir, me semble-t-il. Ni de se raconter, ni de créer un rapport forcément artificiel avec autrui, mais de suspendre un instant sa réflexion pour l'obliger à prendre la forme de mots, et la mettre en question dans son for intérieur. La plupart des blogueurs font pourtant autre chose. Il n'entre dans mon constat aucun jugement de valeur, simplement une interrogation honnête, et peut-être naïve : quel est le gain obtenu à raconter son intimité, même dans des termes choisis, même quand il ne s'agit que d'événements très banals, qui ne dévoilent pas l'entre soi ? Ou serait-il plus juste de poser la question différemment ? Je suppose que je devrais plutôt parler d'identification, de reconnaissance d'un autre qui vit un peu comme nous, et parce que nous le lisons, c'est nous-mêmes qui devenons "intéressants". Je laisse ici sous silence tous les blogs qui font passer un message, de quelque ordre que ce soit. Ce qui m'intrigue, ce sont, comment dire, les blogs du quotidien. La pratique publique du journal intime. Et remettre cette pratique en cause est évidemment une manière de définir en creux mes propres tentatives, tout le monde pourra me l'objecter. Dans la mesure où j'ai toujours professé que chacun écrivait pour quelqu'un, je me contredis moi-même en doutant de l'intérêt de raconter sa vie, je suppose. Avons-nous tous à ce point besoin de nous faire entendre ? Envie de savoir que d'autres pensent comme nous ?

 Je crois, intimement et peut-être faussement, que mon propre blog n'est pas le reflet de cela. Mais je ne sais pas de quoi il se fait l'écho, a contrario. J'avoue prendre aussi plaisir à lire ces blogs que je qualifie de blogs du quotidien, sans nuance péjorative de ma part. Mais cette lecture me pousse à regarder mes notes, ou billets, ou comme on voudra les appeler, avec un oeil interrogatif. Mon besoin d'appréhender est frustré par ces pratiques tellement éloignées que je constate autour de moi

04.05.2009

Sans titre, sans envie d'en chercher

C’est rare, mais parfois, la solitude, organisée ou subie, me pèse. C’est une des questions que j’aurais dû te poser, autrefois, une des questions à laquelle tu aurais peut-être su répondre : comment fait-on pour cesser de trancher les liens, quels que soit la nature de ces liens ? Et est-ce souhaitable ?

Sûrement, quand même. Sûrement qu’il vaut mieux garder quelque chose d’autre que le souvenir, mais un souvenir, c’est facile à ranger, tu vois, ça se met dans une boite qui ferme, ça ne fait pas mal. Ou si peu. Je ne sais pas.

Je n’arrive pas à faire la part des choses.

Et puis on ne peut pas être disponible à tout, n’est-ce-pas ? Ni s’ouvrir pour chacun ? Peut-être qu’en fait, les gens collectionnent leurs relations avec grand soin, en sachant où les entreposer, en sachant quand les ressortir du placard. Des vêtements à enfiler selon chaque circonstance, je trouve ça tellement pathétique, au fond. Tellement faux. Et finalement, c’est mon propre cynisme que je prends en pleine figure ce soir.

Je suppose que ça s’apprend, la confiance. J’imagine, en tous cas. Je l’espère. Mais c’est juste un peu au-delà de ce que je suis prête à essayer. Je ne comprends toujours pas ce qu’on en retire.

Ne fais pas trop attention, ce soir, je crois bien que la lucidité m’étouffe.

01.05.2009

Une dédicace en forme de clin d'oeil

« Je n’ai pas droit aux rêveries :

je suis un dieu, je dois créer.

Je n’ai pas droit au simple amour :

Je suis un dieu, je passe aux actes.

Je n’ai pas droit au mois de mai :

Je suis un dieu, voici décembre.
Je n’ai pas droit à la musique :

Je suis fracas, je suis rupture.

Et je n’ai pas le droit d’interroger

La banquise, l’azur ou l’océan

Puisque j’en suis le responsable.

Je n’ai pas droit au dialogue :

je suis le dieu, et Dieu est seul.

Et le silence, y ai-je droit ?

Je suis un dieu, je dois convaincre.

Et à ma mort, y ai-je droit ?

Je dois être immortel : c’est mon destin.

Puisque je suis un dieu,

j’ai droit à la divinité

mais je ne sais laquelle. »

Alain Bosquet, in Le tourment de Dieu (1985)

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