31.10.2008
Nostalgie... ou rêve éveillé ?
Parler seul
Il arrive que pour soi
L’on prononce quelsques mots
Seul sur cette étrange terre
Alors la fleurette blanche
Le caillou semblable à tous ceux du passé
La brindille de chaume
Se trouvent réunis
Au pied de la barrière
Que l’on ouvre avec lenteur
Pour rentrer dans la maison d’argile
Tandis que chaises, table, armoire
S’embrasent d’un soleil de gloire.
Jean Follain, in Exister
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29.10.2008
Le corps échappatoire
L’écorchure à peine visible sur le dos de sa main n’était pas là la veille. C’était une constatation idiote, songea-t-elle, puisqu’elle n’y serait pas non plus le lendemain, puisqu’aujourd’hui était un moment saisi, hors de la boucle ordinaire du temps, puisque rien ne disait d’ailleurs la réalité physique de cette minuscule trace rouge sur le dos de sa main.
Pourtant, tout autour de cette apparence de blessure, la peau avait blanchi, comme affolée d’elle-même, blême à la perspective de voir céder le mince barrage de chair et la mer rouge intérieure se déverser en liberté. Son corps avait réagi, lui, et c’était une réponse à la question principale, la seule question importante de cet aujourd’hui semblable ni à hier ni à demain. L’ écorchure était vraie. Autant que la main qui en portait le fardeau.
On pouvait peut-être lui inventer une cause. Et aussi une conséquence, oui, c’était une idée, bâtir autour de la trace sinueuse rougie et déplaisante toute une histoire avec un début, une fin, un sens. Un pourquoi. La porte close de la veille, bien sûr, la porte close constituait l’explication la plus évidente, parce que le geste de tendre la main est un réflexe, on le fait sans y penser, et peu importe la dureté de l’obstacle à venir, il n’entre pas dans la réalité des choses tant qu’on ne l’a pas heurté. Mais alors, cela signifierait que cette zébrure dont du bout des doigts elle suivait la rugosité était liée à hier, et serait encore là demain. Ainsi que la porte close elle-même. Elle ne voulait pas y penser. Pas aujourd’hui.
D’ailleurs, est-ce que ça avait la moindre importance ? Une écorchure de plus, sur des mains qui en avaient vu d’autres, qui étaient toujours en première ligne pour prendre les coups ou ramasser les débris, elle pouvait faire avec. L’ignorer même, s’il le fallait, en songeant à tout ce que demain annonçait, en se souvenant qu’hier était et resterait un trou noir dont elle inscrirait l’absence au compte des années passées. Ce n’était pas si difficile, de détourner les yeux. Et puis cette main-là, à dire le vrai, ne lui servait pas à grand-chose. C’était curieux de penser qu’elle avait pu faire barrage, elle qui demeurait en retrait dans tous les gestes quotidiens. Cela ne pouvait avoir le moindre sens.
Il était temps d’éteindre la lumière. De laisser aujourd’hui devenir demain. Elle songea, un peu curieuse, que le secret de tout ceci devait se nicher dans son sommeil, mais cette idée n’était ni réconfortante ni même amusante. Et demain, demain oui, elle verrait bien. Demain, elle compterait les écorchures nouvelles dont ses mains auraient choisi de s’orner, comme les marques du temps passé à refuser la réalité. Demain.
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27.10.2008
Réponses
Je n’avais pas d’idées pour ma note de ce matin, alors les commentaires déposés ces derniers jours me fournissent un (ou des) sujet(s) tout trouvés. Merci, Iskander, d’ajouter un poème à ma découverte de Vénus Khoury-Ghata. Par ailleurs, tout ce que n’aime pas Patrick Besson mérite, je crois, notre attention ; le mauvais esprit qu’il érige en art de la subjectivité n’a pour effet que de donner envie de lire ce qu’il a détesté, en tous cas en ce qui me concerne. Je n’ai pas encore lu la biographie de Marguerite Yourcenar, mais j’espère le faire bientôt, beaucoup m'y encouragent.
Cher Sauveterre, oui, dans l’absolu, vous avez raison : toute lecture est enrichissement. Cela dit, mon attitude face à ce « vice impuni » tient davantage de la boulimie que de l’analyse intellectuelle. J’ai un tempérament irrésistiblement fasciné par l’addiction, dans quelque domaine que ce soit. Et si je lis, je ne fais pas autre chose. C’est pourquoi je remise un peu mes livres détente ou plaisir, pour garder du temps à la préparation de concours proprement dite (est-ce si évident que mon métier a un lien direct avec les livres ?). Je n’ai déjà que trop de prétextes à faire autre chose, alors… hé bien, j’essaye d’être raisonnable, disons-le ainsi. Même si je reste persuadée, comme vous, que ce que je lis finit toujours par servir.
Pour finir, un mot plus personnel : quelqu'un m'a dit il y a peu que ce blog était le contraire d'un déversoir. Même si j'ai souvent l'impression inverse, je l'en remercie vivement, car je crois qu'on ne pouvait pas me faire plus beau compliment.
Voilà, j'en ai terminé avec les commentaires. j'en profite pour ajouter qu'ils me font toujours plaisir, aussi rares soient-ils. Je n'ai pas une écriture de communication, semble-t-il, du moins si l'on en croit le peu d'échanges qui résultent de mes notes. Beaucoup de blogs génèrent de véritables discussions, ce n’est pas le cas du mien. Mais énonçons l’évidence : je suis heureuse d’être lue, et au bout du compte, cela suffit à mon bonheur. Alors : merci à tous.
09:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.10.2008
Ce que j'ai toujours pensé...
Le tout, le rien
Oui, à entendre, oui, à faire mienne
Cette source, le cri de joie, qui bouillonnante
Surgit d’entre les pierres de la vie
Tôt, et si fort, puis faiblit et s’aveugle.
Mais écrire n’est pas avoir, ce n’est pas être,
Car le tressaillement de la joie n’y est
Qu’une ombre, serait-elle la plus claire,
Dans des mots qui encore se souviennent
De tant et tant de choses que le temps
A durement labourées de ses griffes,
-Et je ne puis donc faire que te dire
Ce que je ne sais pas, sauf en désir.
Une façon de prendre, qui serait
De cesser d’être soi dans l’acte de prendre,
Une façon de dire, qui ferait
Qu’on ne serait plus seul dans le langage.
Yves Bonnefoy, in Début et fin de la neige (1991)
11:40 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.10.2008
Jour de joie
Il y a des jours où les bâtiments semblent générer leur propre lumière. Comme ce matin, par exemple. La lumière ne venait pas du ciel, épaissi de nuages, mais de la pierre elle-même. En cette saison aussi, tout s’aiguise, tout devient plus net, plus découpé, et mon attention si vacillante prend le même chemin. J’en étais presque à souhaiter que le ciel ne se dégage pas.
Mais en réalité, c’est l’entre-deux qui m’intéresse. Le moment mort où les pensées sont encore à bascule, où il semble que tout soit possible, et le meilleur d’abord, et l’excitation du jour à venir juste parce qu’il va venir est comme une minuscule déflagration en soi. Le monde, mon monde du moins, m’est alors immédiat.
Pourtant… pourtant, il ne s’agit pas de faire quoi que ce soit de ces instants-là, tu sais. Juste de les vivre. De les entendre, au sens le plus physique du terme. Peut-être est-ce du gâchis, à vrai dire, je ne suis pas très sûre. Je vois juste l’intense et irrépressible joie qui m’envahit durant quelques secondes, et puis voilà, et puis c’est tout. Et je ne sais jamais comment décrire de tels moments. D’où vient qu’il soit si facile d’écrire la tristesse, et si compliqué d’aborder ce grand territoire inconnu qu’est le bien-être ? Au fond, je dois bien penser que le bonheur est illégitime, que le sentiment d’exaltation, lorsqu’il n’est pas inspiré par quelqu’un ni par un événement précis, est indigne de soi. Qu’il est une preuve de ce que nous ne contrôlons pas grand-chose de notre propre esprit.
Il reste que la joie est bel et bien présente, certains jours. Neutre, et pure peut-être, en tous cas décalée, elle s’impose comme une certitude, et de ne pas savoir d’où elle jaillit ne suffit pas contre son écrasante présence. Je t’écris cela aujourd’hui en songeant, vaguement, aux nombreuses discussions que nous avons pu avoir sur le sens de la vie, sur l’impression de se réaliser absente de nos propres existences. Figure-toi que cette expression, « se réaliser », me fait horreur. De plus en plus. Elle ne veut rien dire, au fond, elle ne sert qu’à justifier nos petites lâchetés quotidiennes, et l’égoïsme fondamental qui nous guide. « Réaliser », à la limite, me conviendrait mieux. Réaliser quoi ? Je n’en ai pas la moindre idée, mais peu importe. Disons, réaliser au sens anglo-saxon du terme, réaliser ou prendre conscience de l’infinie quantité de choses qui ne dépendent pas de nous, et n’attendent pas après nous pour advenir. Comme cette joie peu avouable qui m’habite aujourd’hui. Pour une fois, je vais oublier l’idée de contrôle qui m’obsède tant. Pour une fois, je vais juste… savourer. Toute à ma joie.
P. S. : ceci est la note qui aurait du paraître lundi soir, et repostée in extenso.
10:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.10.2008
Malheurs de la technique
Diantre, la note que j'ai écrite hier soir a disparu apparemment corps et biens dans les entrailles de Hautetfort. En attendant de la retrouver (ou de la réécrire, ce qui me réjouit peu), je recycle mes fonds de tiroir, sans avoir le temps d'autre chose et avec toutes mes excuses. Voici donc un texte d'ailleurs, déjà ancien, et juste amusant.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, la pluie ne m’a pas blessée. Ni le tonnerre, si lointain qu’on eut dit la lamentation de quelque dieu oublié des hommes, ni la vague lueur persistante du soleil, au-delà des nuages. Ni mon propre souffle trop court.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, ton ombre m’a saluée d’un coup de chapeau.
Je l’avais esquissée de mémoire, ton ombre, reflet du souvenir sur le mur de nos deux vies. Et ce matin, pour la première fois depuis longtemps, elle m’a souri. Et l’espace d’un instant, tu as été là, de chair et de sang emplissant ton ombre, de chair et de sang me regardant. Comme autrefois.
Mais je n’avais pas de chapeau à retirer, moi, pas même en imagination. Je suis simplement passée devant toi, les yeux clos sur le souvenir, et il m’aurait suffi je pense de tendre l’oreille pour réveiller ton rire, et il m’aurait suffi j’en suis sûre de retenir mon souffle pour te rendre le tien. Je suis simplement passée devant toi.
Peut-être qu’après mon départ, ton ombre a remis son chapeau. Peut-être qu’en réalité, elle continue à saluer tous ceux qui la frôlent. Je n’ai pas eu envie de me retourner pour vérifier ce matin. Car j’emportais avec moi l’écho de ton rire, et c’était la première fois depuis bien longtemps.
08:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2008
"Ne jamais revenir..."
Le ciel saigne blanc. Plantée dedans, la lune est un objet sans consistance, hallucination lumineuse et irradiante, point fixe de la pâleur à venir. Le ponton de bois a séché par vagues irrégulières, ici et là, l’humidité a reculé précipitamment, et c’est de cercles en cercles un reflux invisible qui est comme la marée de notre chagrin combattu à toutes forces.
Il fera beau, demain. Autrefois, ici-même, la lune était lune, et le ciel promesse muette, et l’odeur de l’océan rien d’autre que notre propre souffle devenu tout.
Rester là, c’est une manière de se dissoudre. Une manière de laisser corps et esprits effilocher leurs à peu près, leurs manques, leurs diaboliques contraintes sans cesse reconstruites. Le temps défait nos habitudes comme la mémoire trahit nos souvenirs, avec la même cruauté obstinée, et ce petit quelque chose qui est le ressort de la vie, qui est la source de l’oubli. La lune ici a été belle, autrefois. Je la vois encore.
Peut-être tout est-il affaire d’épaisseur. L’eau si chaude, et le très léger vent qui annonçait le jour, la lune même, décor de nos instants, sont devenus théâtre d’ombres. Théâtre où s’agitent nos ombres.
Il y a encore de nous, là-bas, un peu. Pour toujours.
07:52 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.10.2008
Je ne connais pas très bien cet auteur, mais ce que j'en connais est beau
Ne dites pas à un rêve qu’il est de paille
Il brûlera au contact du matin
A un village qu’il est soluble dans le brouillard
Il se terrera dans un clocher
Depuis qu’on a dit au cyprès qu’il est cierge obscur
Il quémande un emploi auprès des cathédrales
Et fond d’amour en pensant aux saintes des vitraux.
Vénus Khoury-Ghata, in Les Ombres et leurs cris (1979)
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15.10.2008
Josyane Savigneau, Point de côté
Bien sûr, on m’a offert le livre de Josyane Savigneau Point de côté. J’écris « bien sûr », et je réalise presque aussitôt que ce bien sûr n’est pas du tout évident, qu’il mérite peut-être une explication. Je ne suis pas une grande lectrice du Monde des livres, mais j’en suis une tout de même, à ma façon. Parmi les journalistes qui y écrivent, il est peu de signatures que je reconnais sans avoir besoin de me reporter à la fin de l’article. Josyane Savigneau fait partie des deux, ou disons trois, « plumes » qui presque infailliblement me paraissent familières. Sûrement parce que la littérature dont elle parle me parle. Sûrement parce que quelque chose, dans sa manière d’envisager l’acte de lire ou en tous cas d’en rendre compte, rejoint certaines de mes préoccupations. Je ne sais pas très bien, en fait, mais peu importe. Le point essentiel est que oui, j’aime ses articles, et depuis longtemps.
Il était donc logique, je suppose, que l’on m’offre son livre. Et logique que je le lise avec curiosité. Je ne sais pas grand-chose de ce qui s’est passé au Monde des livres, au Monde tout court, ces dernières années. Je ne sais pas grand-chose de l’hostilité qui a visiblement entouré Josyane Savigneau, ni des règlements de comptes internes au milieu littéraire parisien. Pour être honnête, je vois plutôt le changement de direction comme un renouvellement, sans préjuger des conditions dans lesquelles il a pu s’effectuer. Tout cela est impossible à démêler pour une personne extérieure, il n’y a donc rien à dire sur la question. Ce qui m’intéresse davantage, c’est… le reste. L’essentiel du livre.
Si j’ai bien compris son propos, J. Savigneau a pris le parti de revenir sur sa trajectoire (oh, je déteste cette expression) pour mieux comprendre ce qui lui est arrivé, et surtout, la manière dont elle a vécu ce qui lui est arrivé. En ce qui me concerne, démarche égoïste de lecteur, j’ai lu son livre avec le désir inavoué d’y trouver des justifications au fait que j’aimais ses articles. Oui, bêtement, je voulais saisir pourquoi il me paraissait que nous avions les mêmes goûts. Bon, de fait, nous n’avons pas exactement les mêmes goûts, et il est très vain de s’interroger là-dessus, j’en ai parfaitement conscience. Mais après tout, son livre appelle me semble-t-il une lecture personnelle, intime, de son propre retour sur soi. Je trouve d’ailleurs que ce désir de légitimer ce que je percevais comme une correspondance résonne plutôt assez bien avec la volonté manifestée par l’auteur de combattre son sentiment d’être « déplacée ». Il est finalement question de culture légitime tout au long de son livre. De place dans le monde, et aussi de résistance au monde tel qu’il va.
Rien d’étonnant alors, que ce qui m’est le plus touché dans ce livre soit d’abord et avant tout l’esprit de résistance. Je l’ai vu non pas comme une philosophie de vie, mais comme un acte de survie indépendant de toute véritable théorisation, qui tient surtout de l’élan vital, du caractère, si l’on veut. Il s’agit de refuser, refuser les étiquettes, l’identification, le partage de soi, avec tout ce que cela comporte d’injustices envers l’entourage, et d’erreurs sur sa propre nature bien sûr. Parce que se proclamer seul juge de sa volonté exercée contre, c’est forcément faire preuve de dureté. Et c’est forcément aussi, n’accepter que difficilement, douloureusement, les remises en questions. Etre libre, je me suis longtemps demandée ce que cela signifiait vraiment, mais cette question a pris pour moi une saveur particulière lorsque j’ai réalisé à quel point j’avais bâti ma personnalité autour de cette volonté de n’appartenir à rien. J’ai lu le livre de J. Savigneau avec la vision déformée de ma propre expérience sans doute, mais je me suis retrouvée, un peu, dans ce qu’elle disait du farouche devoir d’exister par soi, sans renoncer à rien, et même en prenant. Même si je suppose qu’elle n’apprécierait pas l’usage du mot devoir dans ce contexte.
Les portraits d’écrivains qui jalonnent le livre sont comme un écho de cet appel à la liberté (un appel qui n’est en rien comminatoire, bien sûr, qui n’est surtout pas un engagement, ni une volonté de faire exemple, juste quelque chose qui est là). Alors voilà, est-il surprenant de voir J. Savigneau témoigner de sa dette envers Simone de Beauvoir ? D’admirer ce que fit Marguerite Yourcenar de sa propre liberté ? Non, bien sûr. Tout comme il me semble tellement logique et rationnel de découvrir sa déclaration d’amour à la ville, aux villes, tout comme il me paraît évident d’apprendre d’elle qu’elle a rêvé à ces écrivains et n’en revient toujours pas de les avoir rencontrés, avec plus ou moins de bonheur sans doute, mais toujours avec émerveillement. Je suis intriguée par son portrait de Philippe Sollers, que personnellement je n’aime pas ; je suis touchée par ceux de Françoise Verny et d’Eudora Welty, amusée par l’épreuve que semble être une entrevue avec Philip Roth. Bref, je suis en fait dans la position que J. Savigneau a elle-même connu lorsqu’adolescente, elle rêvait à ceux qui avaient eu la chance de côtoyer les écrivains qu’elle aimait. Il y a sans doute là pour elle, un sentiment de réalisation, sinon d’accomplissement. Il y a là pour moi, en tous cas, une source de justification à l’espèce d’admiration que j’ai toujours éprouvée envers elle. S’il était presque fatal que quelqu’un dans mon entourage ait tôt ou tard l’idée de m’offrir son livre, il ne l’était pas moins, finalement, que j’en aime la lecture.
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14.10.2008
Beau mois d'octobre
La nuit gagne nos jours. Ce matin, le Panthéon n’était qu’ombre solide, bloc d’obscurité sur un ciel plus clair. J’y pensais tout en marchant, à la richesse sans lumière des froides saisons, à l’épaisseur qu’acquiert le temps ainsi martelé de la succession des heures. J’y pensais, sans y penser. Car hier la journée fut belle, et j’avais cherché à tâtons les feuilles tombées.
Les lampadaires me gênaient. J’aurais préféré une nuit de nuit, peut-être, une nuit de terre au cœur de la ville. Une nuit réelle. Mais il y avait toutes ces silhouettes esquissées par la clarté citadine entrant et sortant de cercles de lumière diffus, il y avait cet homme en chemise blanche qui agitait les mains, qui parlait au ciel, que je n’entendais pas. Il y avait tout cela, ce matin, dans la nuit mourante de l’automne naissant.
Et le temps était si doux.
Et de ma fatigue je faisais une longue, délicieuse, promenade.
Paris entre dans l’hiver. Paris m’accompagne dans mes nuits.
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