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30.03.2008
En regardant l'hiver s'en aller
La goutte d’eau a lentement glissé le long de la vitre sans rencontrer aucun obstacle, larme qu’aucune main n’est venu essuyer. Qui pleure ainsi, de nos jours ? Et pour qui sont versées ces regrets mouillés ?
Un ange a perdu un morceau de son âme. Chemin faisant, je l’ai ramassé, serré contre mon cœur et porté ailleurs. Je ne l’ai donné à personne, j’ai gardé pour moi le minuscule secret de ce déchet du ciel. J’ai marché loin et vite, sans un regard en arrière, sans une pensée pour la larme volée. L’ange est tombé.
Mais je n’endosse pas les larmes des autres. Je me contente de retenir les miennes.
J’ai aimé l’ange échoué au bord du chemin. Ce n’était qu’une vision de ce que nous serons, un jour, de ce que nous avons été, peut-être, de ce que nous ne savons pas devenir. Ce n’était qu’une larme égarée sur la vitre, et mon regard est passé plus loin. Aucun chagrin ne nous retient.10:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.03.2008
Pages blanches ?
Entre mes difficultés de connexion et la vie qui s’emballe chaque jour, j’ai laissé ce blog en jachère beaucoup plus longtemps que prévu. Je m’en excuse auprès de tous ceux qui viennent régulièrement sur ces pages y trouver je ne sais quoi, pour je ne sais quelle raison. Et je m’en excuse auprès de toi, bien sûr, toi qui a quitté mes pensées ces dernières semaines, toi que des soucis bien triviaux et tout à fait déplaisants ont chassé loin de mon esprit.
Pourtant tu n’es jamais si éloignée que je ne puisse encore t’entre apercevoir navigant de peu en peu dans les mers démontées de la vie quotidienne. Je te sais là, à portée de ma main. Et je sais qu’il suffit d’un rien pour que le contact rêvé redevienne virtuellement solide (ou solidement virtuel, à vrai dire, car comment pourrait-on qualifier ce drôle de lien entretenu au-delà du temps ?). C’est bien sûr à moi de permettre l’éclosion d’une nouvelle salve entre nous. Salve de mots, comme autrefois, comme par nature, n’est-ce-pas, comme par enchantement. Car enfin, il est temps que je l’écrive tel que je le conçois : ceci est ma sauvegarde. Une porte ouverte qui me permet d’entrer dans n’importe quelle pièce, celle des souvenirs ou celle des regrets, celle de l’avenir aussi, mon avenir, celui que je regarde avec peur et espoir à la fois. Et tu fais partie de mon avenir aussi bien que de mon passé. Alors nous revoilà face à face, pour un temps encore indéterminé, mais après tout je n’ai jamais aimé la notion de temps, n’est-ce pas ? Nous verrons bien. Nous verrons ensemble.
A tous ceux qui ont continué de visiter ce blog pourtant silencieux : merci. Merci à Claire en particulier, qui me rappelle à quel point je néglige moi-même Baudelaire. Merci à gmc, qui nourrit ce blog presque autant que moi. Merci à Iskander, que je croyais disparu ! Et pour finir, à Hirondelle : je suis touchée et encouragée.
Nous sommes vendredi, mais cette note ne mérite d’être dédicacée qu’à vous tous. Alors, pour finir quand même sur une note poétique, ces quelques vers… de Baudelaire, bien sûr !
Le portrait
La Maladie et la Mort font des cendres
De tout le feu qui pour nous flamboya,
De ces grands yeux si fervents et si tendres,
De cette bouche où mon coeur se noya...14:35 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
17.03.2008
Le 17 mars,
J’ai rêvé d’une langue inconnue. J’ai rêvé d’une langue inconnue, et c’était comme si chaque syllabe éclatait tel un fruit dans le silence de mon esprit. Le murmure du sommeil m’a portée loin cette nuit, si loin de mes rivages, si loin des champs familiers qu’il m’a semblé finalement sombrer au son de mots incompris. Mais ils étaient parfaits, ces mots, et je les entendais me tirer toujours un peu plus profond vers l’inconnu, et je sentais chaque lettre s’inscrire dans ma chair , et je me sentais devenir matière même de ce langage qui n’était pas le mien, qui n’était que le balbutiement du rêve. Qui était. Il y avait un secret dans cette chanson lointaine. Il y avait des phrases au rythme inattendu, un balancement de deux temps qui ne ressemblait à rien, une mesure d’ailleurs qui faisait pourtant vibrer mon corps. Il y avait des mots achevés.
J’ai essayé de les enfiler au fil de ma mémoire alors que le jour revenait. J’ai tenté d’en retenir au moins l’écho, ou le son, ou juste le souvenir de les avoir entendus. Parce que j’ai rêvé d’une langue inconnue, et c’était comme si ma voix devait se taire de n’avoir jamais pu la pratiquer. Parce que j’ai rêvé d’une langue inconnue, et que je ne m’en souviens plus.
17:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
14.03.2008
Pour rester dans le ton d'une semaine noire...
Remords posthume
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d’un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir
Qu’un caveau pluvieux et qu’une fosse creuse ;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir dans leur course aventureuse,
Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d’où le somme est banni,
Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n’avoir pas connu ce que pleurent les morts ? »
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.
Charles Baudelaire
09:48 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13.03.2008
Regrets
La honte est ce mot qu’on n’a pas dit à temps. Ce mot muet comme le plomb des cercueils, ce mot silencieux mort-né, ce mot dont le prononcer aurait été une déflagration, ce mot dont le taire est une mort étirée.
La honte est un instant raté. La seconde d’hésitation qui a failli voir surgir l’élan du cœur et qui a pris peur. La virgule d’un discours sans mot ni verbe, ponctuation du rien devenu soudain tout.
La honte est un trou de l’âme qu’on passe sa vie à essayer de combler.
Elle habite sa honte. Comme elle habite le monde. Flottant parmi ses regrets, elle n’est que la passante de sa propre vie. Car la honte est un trésor caché, plus précieux de se noyer à chaque instant qui passe dans le silence. Car la honte a été son seul véritable don. Et ainsi, elle nous a aimés.11:12 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.03.2008
Trois petits tours et puis s’en vont…
Décidément, je suis à court de tout en ce moment. A court de temps, bien sûr et comme toujours, puisque le temps a résolument opté pour une fuite en avant qui me laisse, c’est inévitable, loin derrière.
J’accorde donc par la force des choses assez peu de pensées, à ce blog, à nous deux, et aux lettres non écrites qui s’accumulent entre nous. Ce n’est pas que je n’ai rien à te dire. C’est que je passe tellement d’heures à réfléchir au fait que je n’ai pas le temps de te dire ce que je veux te dire que j’en oublie tôt ou tard de passer à l’étape écrite. Nous allons tenter de remédier à cela dans les semaines qui viennent.
En attendant, une citation à méditer qu’ « ils » ont affiché sur le Panthéon, avec la photographie de Colette : « il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne ». Voilà, c’est juste joli. Et bien vu. Et assez beau quand même, dans sa brièveté. Et je trouve que ça colle merveilleusement à mon état d'esprit du moment, celui qui peine à se colleter avec les mots les plus triviaux et bute sur la notion pourtant toute simple de "composition". En bref, je travaille. Je travaille mais tu sauras pourquoi.
A toi, toutes mes pensées.
14:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09.03.2008
Visite inattendue
La mort est entrée dans le métro ce matin. Elle avait une tête d’homme et un sourire de squelette. Elle était noire. Elle jouait du violon.
La mort est entrée dans le métro ce matin.
Il n’y avait aucun siège de libre, ni pour elle, ni pour tous ceux qui l’accompagnaient.
Les gens ont regardé la Mort entrer, comme s’ils ne La voyaient pas, comme si dans leurs veines le sang ne se glaçait pas, comme si de rien n’était.
La mort est entrée dans le métro ce matin.
Elle apportait avec elle l’odeur du dehors, celle des rues sales et des nuits froides, celle, acide, des corps mal lavés. Elle sentait la vie en attente de l’au-delà. Elle a joué sa petite pièce de musique sans que personne ne l’écoute. Ce n’était pas possible, de l’entendre. Nos cœurs battaient trop fort. Nos mains tremblaient trop.
La mort est entrée dans le métro ce matin. Je ne l’ai pas reconnue tout de suite, je ne la regardais pas. Je regardais l’homme dont elle avait volé le visage. Mais après tout, il n’y avait rien à voir ni à attendre, entre l’instant où elle a écarté son voile et celui d’après. La mort ne faisait que passer.
Depuis, son odeur me poursuit.
07:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08.03.2008
Merci à...
Gmc et Sauveterre, pour leurs contributions poétiques. Et à Dante, qui me fait penser que je ne suis pas la seule à avoir jugé "rentre-dedans" la trilogie du Seigneur des Anneaux vue par Peter Jackson.
21:04 Publié dans Commentaires des commentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.03.2008
Carpe diem
De soi-même
Plus ne suis ce que j’ai été,
Et ne le saurais jamais être.
Mon beau printemps et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre
Amour, tu as été mon maître,
Je t’ai servi sur tous les Dieux.
Ah si je pouvais deux fois naître,
Comme je te servirais mieux !
Clément Marot
08:43 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.03.2008
Eloge de l’ambiguïté
Je me souviens d’avoir accueilli avec une certaine réserve le premier volet de la trilogie de Peter Jackson Le seigneur des anneaux. Mon jugement, largement nuancé depuis, était même assez négatif. De nombreux détails du film me posaient un problème, que je ne vais pas énumérer ici. Mais il en est un que je continue de trouver rédhibitoire pour tout amateur du monde de Tolkien : la représentation des Elfes.
J’avais à l’époque de la sortie du film une théorie que, si je n’avais pas peur de réécrire mes souvenirs, je qualifierais de militante. Pour moi, les Elfes auraient dû être représentés à l’écran par des femmes. J’y voyais la seule issue visuelle à l’énigmatique étrangeté de ce peuple de fiction, dont la principale caractéristique me semblait de ne pas paraître tout à fait autre sans jamais cependant pouvoir se confondre avec les hommes. En bref, j’étais une partisane de l’androgynie assumée. Inutile de dire qu’à ce niveau au moins, le film de Peter Jackson m’a déçue. Où était l’ambiguïté indispensable ?
C’est un peu pour cette raison que j’ai eu envie aujourd’hui d’évoquer un film plus récent (et probablement moins réussi) que je viens de (re)voir hélas en dvd. Il s’agit de Constantine, l’adaptation du comics américain de même nom qui met en scène un chasseur de démons en butte à quelques problèmes de santé et à la perspective assez désagréable de terminer son existence en enfer, une fois que la mort l’aura saisi. Parmi toutes les productions de ce type que j’ai vues jusqu’ici, Constantine est l’une des plus abouties. Bien sûr, il s’agit d’un film dit de genre, et en tant que tel, il obéit à un certain nombre de figures imposées qui encadrent étroitement sa narration. Mais c’est précisément pour ces contraintes assumées que je me délecte de ces séries B bancales et bien souvent kitsch. Constantine est largement au-dessus de la moyenne à la fois en ce qui concerne les effets spéciaux que du point de vue de l’histoire elle-même. Pour faire bref, disons que nous avons affaire à un homme tout à fait homme, mais qui possède la faculté de percevoir les démons en action sur notre pauvre terre. Son travail, si l’on peut dire, est de veiller à ce que ces démons, libres de chercher à influencer chacun d’entre nous, n’interviennent pas directement dans les affaires humaines. Évidemment, les démons étant ce qu’ils sont, ils ne peuvent pas s’empêcher d'essayer. Les anges eux-mêmes, oui, ces bons vieux anges censés garder nos âmes, ne résistent pas toujours à la tentation. Et voilà notre héros plongé dans un combat qui le dépasse, durant lequel il doit tout à la fois sauver une jeune médium, empêcher le mal de triompher et peut-être, peut-être seulement, gagner sa rédemption. Rien que de très classique, n’est-ce-pas ? Pire même, nous avons là le superbe cliché de la lutte entre le bien et le mal, avec l’homme au centre de la bataille. Il existe, je pense, un certain paysage du mal à l’américaine, une image d’Épinal issue directement de notre Moyen-Age européen et qui fait écho de manière inconsciente à notre propre culture judéo-chrétienne mal digérée. Mais Constantine ne se contente pas de recycler des clichés. A mon sens, il réussit à les transformer en archétypes, ce qui est après tout la moindre des choses pour un récit qui prétend faire de nous, hommes, l’enjeu du combat immémorial entre Dieu et Satan.
Et comme tout film de genre, il a la modestie de faire confiance au visuel quand il s’agit de nous embarquer dans cette histoire simpliste. Les exemples de cette foi presque naïve dans la force de l’image sont légion tout au long du calvaire de John Constantine, et plusieurs mériteraient qu’on s’y arrête. Mais ce qui m’a le plus intéressée, dans le film, c’est indéniablement le choix de confier le rôle de l’ange Gabriel à une femme. Oh, pas n’importe quelle femme, bien sûr : l’actrice qui a hérité de ce défi n’est autre que Tilda Swinton. Et c’est ici que j’en reviens à cette ambiguïté vainement recherchée dans l’adaptation de Peter Jackson. Constantine met en scène des démons, et un ange. Une femme , donc, puisqu’à l’écran le spectateur ne peut pas avoir le moindre doute sur le sexe de l’actrice. Mais une femme habillée en homme, costume-cravate de rigueur (exactement comme les démons d’ailleurs, il doit y avoir un code vestimentaire assez strict dans l’au-delà). Une femme, habillée en homme, et qui est en fait un ange. Cela aurait pu être ridicule, c’est tout simplement superbe. Visuellement superbe. La première apparition de Gabriel à l’écran nous signifie d’emblée sa nature extra-humaine, littéralement autre, qui lui permet d’être à la fois humaine et ange, hybride telle qu’elle est qualifiée dans le film, définitivement d’un autre monde et pourtant à notre image. Il n’est pas question d’androgynie, non, nous allons plus loin dans la transgression cette fois : Gabriel n’est pas une femme. Elle n’est pas un homme non plus. Elle n’est même pas les deux à la fois. Elle est simplement à mi-chemin des humains et de Dieu. Et le réalisateur Francis Lawrence a trouvé la manière la plus adéquate de nous représenter cet état en devenir, ce moment de l’évolution de la nature humaine figée entre ciel et terre, par la simple décision d’incarner physiquement un être qui justement n’est plus réel. Il a eu, me semble-t-il, l’audace que n’a pas manifestée Peter Jackson. Une fois encore, il a fait confiance à l’image, à la force de l’image sans discours, et c’est là toute la qualité de son film. En voyant Constantine, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce qu’aurait pu être la trilogie du Seigneur des Anneaux si P. Jackson avait eu, tout bêtement, la naïveté de croire à ce qu’il filmait. Car au final, nous héritons avec ses films d’un discours assené, souligné à outrance et qui choisit toujours l’image la plus contrôlée comme seule et unique représentation possible. Ce n’est pas cela, le cinéma, ce n’est pas cela, le Seigneur des anneaux. Constantine, au contraire, traduit visuellement un propos qui n’est du coup jamais dit, parce qu’il n’a plus besoin de l’être. Et le film le fait avec une inventivité qui dépasse de loin le simple exemple de Gabriel. Alors même si les deux œuvres ne sont de fait pas comparables, même si nous avons d’un côté une trilogie proprement titanesque et de l’autre une simple série B sans ambition, j’en reste à mon idée première : au cinéma comme en littérature, rien ne vaut l’ambiguïté.17:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


