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29.02.2008

Pour ma première rencontre avec le mot porphyre... Inoubliable !

 

A une femme

 

 

Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

 

Victor Hugo, in Les feuilles d'automne 

28.02.2008

Un ciel de départ…

C’était une vision tout à fait « post-moderne », comme on dit. Un champs immense à perte de vue, des pylônes électriques alignés de guingois, et le ciel noir et rouge comme les épousailles de deux vérités contraires. Et tout au fond, des avions dans un ballet incessant.

 

J’ai rejeté la vision telle quelle. Je l’ai montrée à mon compagnon pour ne pas avoir à y réfléchir plus que ça. Je lui ai dit, tu vois, c’est pour ce genre de spectacles que j’aime la ville. En un sens, c’était vrai, sauf qu’à cet instant précis de la nuit, je n’aimais rien de ce que je voyais. Je pensais juste au départ. Au fait que tous les départs sont définitifs. A mon incapacité à en faire un accès d’optimisme.

 

Pourtant, je comprends, tu sais. Je comprends le désir de changer d’air, et de décor, et de monde. Mais moi, je le fais dans ma tête, je n’ai pas besoin de partir. D’autres, si.

 

Ce n’est pas grave. C’est un moment durant lequel on voit la vie changer d’aiguillage, et d’être capable de le ressentir à la seconde où cela se produit est passionnant. C’est comme décider de réécrire… tout. Me voilà de nouveau au travail.

22.02.2008

Enigmatique, mais si troublant...

 

 

Monde sensible

 

 

L’âme est seule au-dessus du monde bleu

De la terre belle et animale, sans espace.

Un jour la terre en mouvement

Avec les tons, les brises, l’odeur du sexe et les saisons

Et les rires qui comme des paroles ne reviennent plus

 

Et les arbres dont le bord est majestueux

Et sous la chaleur immense les efforts

Du passager ou voyageur,

 

Ne sont rien à l’âme obscure et qui se meut

Vers un autre pouvoir et vers une autre touche

D’adoration

 

A l’intérieur de son aveugle ressort ;

                                                           Mais d’autres jours

Tout est un, et un en un, et tout en un

Et un en Dieu

Et Dieu présent dans le tronc d’arbre mort.

Pierre-Jean Jouve, in Les Noces

 

P.S. : merci à Corynne. Et, gmc, "à l'abri de quoi ?" : de moi-même, bien sûr ! 

20.02.2008

Miroir sans tain

J’ai touché le ciel du bout des doigts. Il passait sous ma peau comme le sang bat à mes tempes, pulsation étirée qui était le secret du monde. J’ai touché le ciel du bout des doigts, et il n’y avait plus ni haut, ni bas, ni terre ni azur, juste moi dressée dans le vide cerné de brumes. J’ai touché le ciel du bout des doigts, et j’y ai vu le reflet du passé.

 

C’était un reflet mouvant comme l’eau du torrent, celle que je contemplais autrefois en m’imaginant tenir le monde entre mes mains. C’était une simple vision vague et floue de ce qui avait été, de ce qui n’était plus, de ce qui restait à conquérir. C’était là, à portée de moi, dans le reflet que le ciel m’offrait entre silences et absence.

 

J’ai touché le monde du bout des doigts. Et soudain, plus rien n’a existé d’autre que cette vision purement physique, cet effleurement de l’ailleurs dont je n’avais jamais osé rêvé. J’ai touché le monde du bout des doigts, et j’y ai celé un fragment de mon âme. Pour le mettre à l’abri.

19.02.2008

Réponse à gmc

Intéressante, cette insistance sur le mot "invention". Ce n'était pas celui que j'avais écrit au départ, je voulais y mettre de l'intentionnalité, aussi prétentieux que cela puisse paraître. Curieux de voir quelqu'un le remarquer.

Réponse à Mary

Je ne peux pas m'empêcher de vouloir faire advenir l'absolu ici et maintenant, au lieu d'attendre une hypothétique transcendance extérieure... Naïveté ? Goût des causes perdues ? Allez savoir...

En tous cas, merci beaucoup de tes remarques, qui sont pour moi un encouragement. 

Espace public

    J’ai assisté vendredi dernier à une soirée « poétique », autrement dit une soirée de lectures consacrées aux deux dernières œuvres de Pierre Maubé : les recueils Nulle part et Psaume des mousses. J’ai déjà parlé de Psaume des mousses ici-même, je ne vais donc pas y revenir. Je ne connaissais pas jusqu’à vendredi le recueil Nulle part, mais je l’ai découvert depuis.

    Ce sur quoi je voudrais tout d’abord insister, c’est le trouble dans lequel m’a plongée la soirée en question. Bien que trouble soit sans doute un terme excessif. C’est pourtant le premier auquel j’ai songé, en y repensant, c’est donc celui que j’ai décidé d’utiliser aujourd’hui.

Pour être honnête, j’imagine que je devrais écrire tout de suite, noir sur blanc, et de manière définitive, que ce fameux trouble est bien plus révélateur de ma façon de penser que de la soirée elle-même et de son déroulement. Car qu’avons-nous vu, vendredi dernier ? Un poète lisant ses œuvres, des lecteurs avertis lui répondant en écho à partir des mêmes œuvres, le tout suivi d’un dialogue éclairant à la fois sur le processus d’écriture et sur les thématiques abordées (Pierre Maubé me pardonnera d’employer là un terme qu’il n’aime guère…). Rien que de très intéressantes confrontations, en somme. Et pourtant, je l’ai vécu comme une sorte de violence. Violence faite aux mots, dans l’effort de chacun pour caractériser verbalement une émotion intérieure. Mais aussi violence faite à l’auteur. C’est sur ce point sans doute que mon avis devient un peu plus que personnel, qu’il est en quelque sorte parasité par mes propres résistances intérieures, car j’ai finalement été gênée de l’intime dévoilé. Un intime que je devine cependant maîtrisé, qui était d’abord une tentative de communication honnête et en construction visible au moment même où elle s’établissait, qui était simplement la rencontre de deux appréciations : celle de l’auteur, celle de ses lecteurs. Cela m’a troublée. Je ne sais que faire de ce trouble, il m’est impossible d’en tirer le moindre enseignement, d’y voir autre chose que la preuve renouvelée de ma résistance personnelle à ce genre d’exercice.

Parce que malgré lui, j’ai aussi trouvé la soirée passionnante. Je suppose qu’il est bon d’accepter l’ambivalence en toutes circonstances. J’ai apprécié les différentes lectures qui ont été faites ce soir-là, ainsi que les échanges qui ont suivi. Les intervenants connaissaient bien le travail de Pierre Maubé, bien mieux que moi, et je me sens parfaitement incapable de livrer une analyse personnelle sur ce que j’ai retenu de leurs propos. Je les ai pris tels qu’ils venaient, inspirés par les extraits lus. Et puis j’ai écouté. Ecouté une pulsation qui s’amenuisait entrer en chacun de nous pour nous faire entendre la voix des morts, la voix de ceux qui n’ont justement pas de voix. C’est tout le propos du recueil Nulle part : rendre une parole aux gisants, aux abandonnés de la vie. Pierre Maubé a évoqué alors pour nous ce lent apprentissage de la « non-vie » que doivent accomplir les morts, ce lent destin qui est le leur d’accepter le renoncement. Le détachement. Et l’auteur a souligné l’horreur de ce détachement. Ici nos avis divergent, sans aucun doute, car moi j’ai lu Nulle part comme un cantique, un curieux cantique, certes, mais un cantique quand même, voie possible d’accès à l’apaisement de tout, au bien suprême que reste justement à mes yeux le détachement. Les morts dans Nulle part se révoltent encore, d’être obligés de désapprendre la vie, et c’est très long, et c’est, sans doute, un chemin de croix inimaginable dont Pierre Maubé réussit à nous rendre chaque étape presque physiquement perceptible. Mais c’est toute la beauté que j’ai trouvé à son texte, en fin de compte : la douleur du renoncement transcendée par le renoncement lui-même en train de s’accomplir. Ceci n’engage que moi, je m’empresse de le souligner. En fait, et c’est peut-être une comparaison maladroite, mais j’ai vu, dans ces deux œuvres finalement complémentaires, Nulle part et Psaume des mousses, une étrange réminiscence de François Villon. La vie, la vie ravagée jusque dans le corps. La mort, la mort comme enseignement du rien, jusque dans le chant des disparus. C’était magnifique. A mes yeux, tout au moins. Et j’espère que Pierre Maubé prendra ce texte comme l’expression de mon émotion, maladroite sans doute, mais aussi sincère que je pouvais l’être à cet instant.

16.02.2008

De la beauté du soleil

    J’aime voir le soleil choisir sa destination. Où plutôt l’endroit qu’il va caresser, comme si les murs en pierres et briques devenaient un corps immense dont il sait par cœur les moindres frémissements, les moindres points sensibles. Y a-t-il une géographie des objets ?

 

    Mais le soleil n’est que de passage. Je ne l’ai jamais vu qu’en clandestin frôler de toit en toit des bâtiments qui l’ignorent, qui semblent se satisfaire tout autant de son absence ou de son contraire. C’est une pensée mélancolique et gaie à la fois. La permanence apparente face au déroulement obstiné des saisons. La solidité presque ignorante du cœur face à l’affaissement sans merci du corps. Une image de nos vies tissées de tant de trahisons qui ne sont même pas un pli à l’âme, juste le reflet de la faiblesse du corps. L’absolu est-il de ce monde, ou de l’autre ?

15.02.2008

Deux vers lus par hasard...

et qui m'ont touchée au coeur.

 

 

Je me suis appuyée à la beauté du monde

Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains.

 

Anna de Noailles 

13.02.2008

En retard...

Un mot pour une reprise de contact qui s’avèrera aussi vaine, je le sais déjà, que mon au revoir d’il y a 10 jours. Mon cœur n’a pas changé de place, lui, c’est tout le reste qui s’est subtilement transformé, pendant que je regardais ailleurs. Et me voilà entrée dans une ère de cohabitation dont je redoute à l’avance chaque petite routine, chaque manie délibérément  exploitée pour attirer l’attention, chaque instant de solitude volé, donc regretté, dont détesté. A qui d’autre qu’à toi pourrais-je écrire ceci ?

La réponse est dans la question, je suppose. Je ne sais toujours pas où j’en suis, ni quelle route choisir à cet instant où j’écris. Je sais juste que les événements m’échappent, et que j’ai horreur de ça.

Je n’ai fait aucun effort pour notre reprise de contact, d’abord parce que je n’en avais pas le courage, ensuite parce que de nouveau, je ne sais plus à quoi servent ces mots alignés dans le silence et qui me reviennent toujours en pleine figure. J’ai tant besoin de souffle. Tant besoin d’espérer. Mais mon espoir s’exerce toujours à mauvais escient, brûlant de jaillir lorsqu’il ne devrait être que modeste, plus court que mon souffle quand le reste du monde exige sa force brutale. Mon espoir n’est rien de plus qu’un frémissement à fleur de peau. Il ne va pas plus loin, je ne vais pas plus loin. Je ne sais pas si je vais revenir ici te confier le bazar qu’est ma vie depuis trop longtemps, mais c’était une promesse entre nous, n’est-ce-pas ? Une promesse entre un toi déguisée en lectrice idéale, et un moi affublé du masque de l’écrivant. Que peut devenir une promesse de ce genre ? Je n’en sais rien. Je vais peut-être essayer de le découvrir encore. Peut-être. Ou pas.

Cette reprise de contact est sans doute simplement ma façon de te saluer. Et de parler, en manière d’excuse malhabile, de ce qui n’a pas de mots ni n’en aura jamais, à moins que j’accepte de les inventer.

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