« 2007-12 | Page d'accueil
| 2008-02 »
29.01.2008
Notes, posts et cadences
Je me suis un peu éloignée de toi, ces derniers jours, en pensées comme en écriture. J’explore des territoires différents, je fais mes gammes, pourrait-on dire, et dans le déluge de tout ce qui se produit autour de moi, je te perds de vue.
Voici donc une note en forme de chapeau bas à tous mes lecteurs qui s’accrochent vaille que vaille en dépit de mon irrégularité comme de mes égarements, et une note pour toi, aussi, rien que toi, toujours toi au-delà de l’oubli. Le cours naturel des choses viendra bien de lui-même remettre de l’ordre dans ce bazar d’écrits.
Histoire d'innover un peu, je souhaite aussi lancer un appel direct à mes visiteurs, occasionnels ou non. J’ai envie de vous entendre, cher(s)s inconnu(e)s. Exceptionnellement, je désire ouvrir ma dédicace du vendredi à celui ou à celle d’entre vous qui le souhaitera, et qui m’enverra un court texte. Attention, tout est possible, sauf ce qui sera refusé par l’auteur de ces lignes. Autrement dit, ma subjectivité tranchera, comme toujours. Et si je n’avais aucune proposition, hé bien, ma page du vendredi resterait blanche, ce qui sera ma manière de traduire votre silence. Tout est donc ouvert. Il peut s'agir d'un texte de vous, d'un poème que vous aimez, enfin bref, vous voyez, n'est-ce-pas ? Vous voyez, bien sûr.
Voilà, c'était ma proposition du jour. En attendant de vous lire (ou non), à tous, très bonne journée.
11:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28.01.2008
L'oubli
Une page tournée, et autant de souvenirs disparus aussitôt qu’appelés. Le temps défile, en cercles concentriques d’une pierre jetée dans l’eau de notre mémoire, par qui, pourquoi, comment le saurions-nous ? Le temps défile.
Et c’est un instant de nos vies qui s’éloigne en silence. Pas de marche funèbre, pas de requiem à ces souvenirs mourants, le silence pour seule escorte parvient encore à faire vivre la perte. Nous nous regardons nous éloigner de nous-même.
Partons-nous ainsi ? En mémoires effilochées qui s’épuisent de ne plus savoir se nourrir ? En souvenirs épars que le temps avale par petites bouchées indolores ? Partons-nous ainsi, nous, les hommes ?
De cendres en cendres, que restera-t-il à la toute fin ? Quel mot émergera du magma de l’anéantissement ?
J’ai écrit mon nom entre les pages blanches de ta vie à construire.16:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.01.2008
La langue en proie à son propre mystère
« […] Il aurait dû être plus tard qu’il n’était ; il aurait dû être tard, mais les rais jaunes du soleil où dansaient des grains de poussière ne projetaient pas leurs barres horizontales plus haut sur l’impalpable mur d’ombre qui les séparait ; le soleil paraissait à peine avoir bougé. Cela (le récit, le discours) semblait (à lui Quentin) participer de la nature illogique et aberrante d’un rêve qui, le dormeur le sait, a dû se produire en une seconde, mort-né et achevé tout ensemble, bien que la qualité même (la vraisemblance) indispensable pour amener le dormeur à l’adhésion – à l’horreur, au plaisir ou à l’étonnement – dépende aussi complètement de la reconnaissance formelle et de l’acceptation du temps écoulé et qui continue à s’écouler qu’un air de musique ou une histoire imprimée. […] »
William Faulkner, in Absalon, Absalon
08:46 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.01.2008
Présence
C’était une lumière d’outre-monde qui traçait ses sentiers entre les arbres. Lumière pâle des jours sans lendemain, lumière qui oscille entre l’aube et la nuit, lumière d’ailleurs, caressante et sauvage à la fois. Comme une main froide.
Nous redressions la bruyère du bout des doigts, du bout des gants. Il y avait encore des marrons jonchant le sol, sous les feuilles rougies d’avoir vécues, et c’était plus qu’une odeur de terre qui montait autour de nous. C’était tout le parfum de l’enfance.
Pourtant la lumière avait changé. Elle découpait les choses comme si rien n’était solide, comme si l’idée même de densité physique nous avait abandonnés au moment où nous pénétrions sous les arbres. Je me souviens de la lumière d’outre-monde de ce matin-là. Et des troncs noirs, qui avaient raidi leurs écorces pour se protéger. Et de l’odeur vaguement âcre des feux éteints. Je me souviens du silence. Je me souviens d’avoir voulu marcher au-delà de notre vue.
Nous aurions pu continuer longtemps, ainsi oublieux du monde. Entre nous. Nous l’aurions tôt ou tard retrouvée. Mais c’était juste la forêt d’autrefois, sans secret ni but à atteindre. La simple et belle forêt de notre enfance. Et c’était elle que nous pensions entendre, peut-être, dans la lumière pâle de ce matin-là. Et c’est elle peut-être, qui nous appelle encore.
Nous y retournerons. Main dans la main. Heureux d’avoir eu peur, juste entre nous, nous y retournerons.
14:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.01.2008
A I.
Elle n’a qu’un mot en partage. L’entends-tu, qui se murmure de toi à moi ? De toi à moi. Le bonheur a parfois goût de cendres.
Je voudrais l’écrire aujourd’hui. Ici même, n’importe où ailleurs, sur tous les murs de nos vies en glacier figé, sur nos consciences nues que rien ne marque. Sur les trottoirs où se succèdent nos ombres, et sa réalité déjà évanouie, et le souvenir de ce qui fut. Sur mes lèvres qui ne veulent plus porter le poids de son cri.
Mais je n’oublie pas, non, je ne peux pas. Et je ne peux pas non plus écrire son nom , parce que son nom n’est plus un nom, n’est plus rien d’autre que l’ombre furtive de notre propre désespoir. Et je regarde le reste du monde se décharger de souffrances trop longtemps niées, et je prie de pouvoir être un jour celle qui s’étendra à son tour sur le sol de nos mémoires.
Elle n'a qu'un mot en partage. Je n'ai que son souvenir en héritage. Je vis mon bonheur de l'avoir conquis comme une voleuse. Je sais qui de nous deux gagnera l'éternité.
14:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Réponse à Iskander
Merci, cher Iskander, et ravie de vous relire. Notre presse est lamentable, nous sommes d'accord. Simone de Beauvoir mérite infiniment mieux. Quant au "trop doux" Gérard de Nerval, il fut quand même celui qui écrivit :
"Il est un air pour qui je donnerai
Tout Mozart, Tout Rossini et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets. "
Quatre vers qui sont bien peu de choses, et tellement de souvenirs pour moi. Nerval est un de ces auteurs que j'ai peu à peu délaissés, mais je ne pouvais pas ne pas lui rendre hommage pour ce qu'il fut un jour à ma conscience. Sa recherche de l'éternel féminin, son obsession du rêve, l'idée de transcendance religieuse, sa mort même, tout cela me passionna. Et Gérard de Nerval demeure important dans ma mythologie personnelle. Sachons honorer ceux qui ont participé à notre éveil au monde, voilà mon credo.
A très bientôt, sans doute.
09:45 Publié dans Commentaires des commentaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.01.2008
Autopsie d'écrivain(s)
Je ne me sens pas très concernée par le sort réservé aux « intellectuels » dans le sens que les médias accordent à ce qualificatif. Et j’ai peu de sympathie pour Simone de Beauvoir, qui se moquait sûrement, d’ailleurs, d’inspirer ou non un tel sentiment.
Mais tout de même, la manière dont on célèbre le centenaire de sa naissance me trouble. Peut-être pourrait-on considérer ce ramdam comme l’une des polémiques absurdes que génère tout bruit médiatique dans notre charmante société de l’information. Peut-être serait-il plus sage de tout simplement ignorer les récents coups d’éclat du Nouvel observateur, et de se rendre dans la première librairie venue pour revenir enfin à l’essentiel : les livres de Beauvoir. Sauf que ce serait, d’une certaine manière, ignorer la réalité d’une société dans laquelle justement, Beauvoir a toujours tenté d’inscrire son action. On parle d’elle. De son œuvre. Des contradictions entre son œuvre et sa personne. Du pacte qu’elle avait passé avec Sartre, et de leurs amours contingentes plus ou moins déguisées, plus ou moins glauques. De ses choix politiques. Parfait, revenons là-dessus, discutons, critiquons. Mais essayons de ne pas perdre de vue ce qui est en train de se passer : ce n’est pas l’écrivain Beauvoir qui est aujourd’hui convoqué en place publique, non, sûrement pas. C’est sa personne. Comme dans la plus obstinée des analyses psychanalytiques, voilà que tout à coup, on prétend nous expliquer TOUTE son œuvre par la femme qu’elle était. Sans être d’ailleurs certain de le comprendre, ce qu’elle était.
Hé bien, cela me rend furieuse. Furieuse d’imaginer qu’un journal a été capable de mettre en une une photographie privée pour illustrer le dossier consacré à Beauvoir. Furieuse que cette photo ait été retouchée. Furieuse que le contenu même des articles fasse appel aux analyses d’une star de porno et réduise la figure d’une intellectuelle à son aspect strictement people, comme on dit aujourd’hui. Furieuse qu’on tente de nous vendre ça non seulement pour de l’audace, mais pour un hommage. Il me semble que se faisant, ce n’est pas uniquement Simone de Beauvoir que l’on ramène à sa réalité humaine la plus triviale. C’est tout auteur ayant quelque prétention à faire œuvre qui est impitoyablement taclé. Alors, je sais, ce n’est pas une photographie volée. Je sais, Simone de Beauvoir était ce qu’on appelle encore aujourd’hui une femme libre. Mais qui pourrait expliquer au Nouvel Observateur qu’accepter une photographie de nu dans un cadre intime n’est en aucun cas autoriser sa diffusion sur la place publique, quelle que soit par ailleurs la liberté dont on fait preuve ? Qui pourrait rappeler à ces journalistes que si Beauvoir est une « scandaleuse », c’est d’abord par ses écrits et la trace qu’ils ont laissée ? Et puisqu’on en parle, qui pourrait préciser à notre société toute entière que Beauvoir s’appartient, à elle et à elle seule, et que ses fesses, retouchées ou non, ne nous apprennent rien d’elle ? Car finalement, à quoi sert-elle, cette photo de une ? A illustrer le titre racoleur "Simone la scandaleuse" ? A justifier le fait que le titre ET les articles sont racoleurs ? A rappeler aux femmes que même écrivains, mêmes figures illustres (voire fondatrices) du féminisme, elles resteront toujours réductibles à un corps ?
Peut-être qu’ils ne sont pas allés jusqu’à imaginer tout ça, les journalistes du Nouvel Obs. Peut-être qu’ils ont trouvé leur couv. percutante, et amusante, et tout ce qu’on voudra. N’empêche que le fait demeure : on traite les écrivains comme n’importe quelle célébrité. La valeur d’une œuvre, toujours discutable et à discuter, passe au second plan. Ce qui s’étale sur des pages et des pages n’est plus que la surface des choses, le quotidien d’une vie, qui ne sera jamais que pitoyablement humaine, avec ses contradictions, ses mesquineries, ses mensonges. La vie de Rousseau suffit-elle à dévaloriser son œuvre ? Non, bien sûr, personne ne pourrait le penser. Et pourtant, l’intellectuel est devenu de la chair à spectacle, comme tout le reste. C’est à vomir.
11:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18.01.2008
Je n'ai jamais pu traverser le Luxembourg sans y penser...
Une allée du Luxembourg
Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau :
A la main, une fleur qui brille ;
A la bouche, un refrain nouveau.
C’est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclairerait !…
Mais non, - ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m’as lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, - il a fui !
Gérard de Nerval
08:53 Publié dans Dédicaces du vendredi | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.01.2008
C'est ainsi que le monde meurt
Tout est déplacé. L’arbre creusé au fond de l’allée a tendu ses branches comme on arrête le temps, pour essayer de résister. Il est si profondément enraciné qu’il ne mourra pas aujourd’hui. Mais à ses pieds partent en saccades virevoltantes les multiples empreintes de tout ce qui est passé là et s’est enfui. Il est resté seul, paysage d’un instant, seul dressé, témoignage d’une autre façon de vivre. Il est resté seul.
Et l’enfant a lentement gommé sur le trottoir les lignes du temps.
Et j’ai regardé mes pensées s’accrocher aux branches qui résistaient.
Et nous avons été deux à prier.
09:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.01.2008
C'est un mardi pluvieux!
Alors pas de vraie note aujourd'hui, pas de long discours, juste ce détail vite écrit avant de sortir : il pleut. Il pleut et il vente. Et je revis.
Excuse-moi, je pars respirer au grand jour l'ivresse de ma propre joie. J'ai besoin d'aller explorer à pas douloureux tout ce qui m'attend dehors. Ce sera l'un de ces moments si rares où je préfère la sensation à l'écriture de la sensation, n'est-ce-pas ?
A toi, toutes mes pensées... ou presque, aujourd'hui.
13:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


