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30.11.2007

Pour les deux derniers vers... et ceux qui précèdent

 

Passer 

 

Le tonnerre s'est caché derrière des mains noires

 

Le tonnerre s'est pendu à la porte majeure

Le feu des fous n'est plus hanté le feu est misérable 

 

L'orage s'est coulé dans le tombeau des villes

S'est bardé de fumées s'est couronné de cendres

Le vent paralysé écrase les visages

 

La lumière a gelé les plus belles maisons

La lumière a fendu le bois la mer les pierres 

Le linge des amours dorés est en charpie

 

La pluie a renversé la lumière et les fleurs 

Les oiseaux les poissons se mêlent dans la boue

 

La pluie a parcouru tous les chemins du sang

Effacé le dessin qui menait les vivants

 

Paul Eluard, in Le livre ouvert I 

 

29.11.2007

L’esprit critique est-il soluble dans le jugement de valeur ?


    Il faut parfois savoir affronter les limites de sa propre capacité de réflexion. Actuellement plongée dans un petit fascicule de M. Geoffroy de Lagasnerie, j’ai décidé de m’ouvrir ici d’une préoccupation qui ne me quitte jamais vraiment et dont je ne sais pas très bien quoi faire : qu’est-ce que quelqu’un comme moi, autrement dit sans culture solidement établie ni « background » particulier peut bien comprendre d’un ouvrage qui cherche à établir qui, dans notre société, produit du savoir, et surtout, qui est fondé à établir ce savoir comme étant justement du savoir (autrement dit à le légitimer comme de la connaissance aux yeux du plus grand nombre) ?

    Le livre en question s’intitule L’empire de l’université : sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme. Si j’ai bien saisi le contenu de l’introduction, il s’agit pour l’auteur de revenir sur un mouvement intellectuel représenté essentiellement par Deleuze, Derrida, Bourdieu et Foucault, mouvement qui est passé d’une critique sévère de l’université et de ses conformismes (conformismes de pensée, de reconnaissance, de cooptation…) à la défense presque agressive de ce qui selon eux fonderait tout le pouvoir de l’université : celui de juger le savoir produit en son sein, seul moyen de favoriser la recherche. Ce fameux pouvoir, que les quatre penseurs avaient pourtant combattu au début de leur carrière, s’opposerait dans leur conception théorique à celui des journalistes et du milieu afférent, dont ils dénient la compétence à juger du travail de recherche. Voici posés les termes du débat. Le livre cherche à analyser le pourquoi de cette critique féroce des journalistes et de la société dite civile, tous deux accusés d’abuser de la facilité en décidant arbitrairement de ce qui a de la valeur on non dans le domaine de la pensée (domaine qui leur échappe, bien entendu). Il s’agit donc bien de réfléchir sur la circulation des idées aujourd’hui, et sur les médiateurs du savoir. La thèse étonnamment similaire du quatuor de penseurs évoqué plus haut serait que le monde journalistique a confisqué le pouvoir d’évaluation échu à l’université, ce qui impliquerait un renversement du système de valeurs traditionnel. Et pire, un nivellement par le bas, par la facilité, de la représentation du savoir, étant entendu que les journalistes (quelle que soit leur bonne volonté) ne sont pas aptes à juger de la recherche, puisque le temps dans lequel ils s’expriment est contraire à celui qui favorise le développement de la pensée. En bref, nous parlons d’une lutte d’influence entre le temps médiatique, avec toutes les simplifications qu’il impose à ses acteurs, et celui de la construction intellectuelle, dont l’épanouissement ne peut s’accomplir qu’au sein de l’université, et dont la pertinence ne peut être établie que par cette même université.

     Et voilà où s’arrête ma réflexion de lecture. Car de ce livre, j’ai tiré, je tire encore essentiellement des arguments d’autorité face auxquels je suis démunie : je n’ai ni les connaissances ni la culture suffisante pour juger de la pertinence de l’ensemble. Comme n’importe qui, je suis plus sensible aux concepts avec lesquels j’entretiens une certaine familiarité, autrement dit et pour être honnête : je trouve très convaincantes toutes les affirmations que je partageais AVANT la lecture du livre. Quant aux autres, par un effet pervers de ma pensée, je les vois moins, je glisse dessus sans m’en rendre compte. Je pioche inconsciemment dans l’ouvrage tout ce qui conforte mes opinions pré-établies (ceci est je crois une vérité psychologique étayée de longue date et assez utilisée en sociologie, mais elle reste agaçante pour moi). Mon but en lisant cet ouvrage était d’élargir ma réflexion sur la critique des journalistes. Or il m’apparaît évident qu’en réalité, je ne suis pas en train d’exercer mon esprit critique, mais bien d’établir à mon tour un jugement de valeur sur différentes notions présentées par l’auteur, et dont je suis incapable d’apprécier par moi-même la pertinence. Loin de moi l’idée de dire que je ne comprends pas ce qui m’est rapporté : toute modestie mise à part, le propos est assez clair, son sens aussi.  Ce qui me perturbe est bien davantage la sensation que, quels que soient mes efforts, ma lecture restera orientée par mes préjugés. Et que je ne sais pas reconnaître ce qui relève dans mon analyse du jugement de valeur (qui présuppose évidemment d’avoir des valeurs, mais qui n’oblige en rien à réfléchir sur ces fameuses valeurs, mon dieu, que c’est désespérant !), par opposition au simple exercice de mon esprit critique. J'imagine que faire preuve d'esprit critique serait alors de m'interroger le plus sincèrement et objectivement possible sur les valeurs qui me font affirmer que telle ou telle position est plus juste que l'autre. Avant de me dire "en accord avec" la conception du monde qu'on me présente, suis-je certaine de ne pas céder à la facilité ? A mes préjugés ? L'esprit critique peut-il résister jusqu'au bout à la tentation si simple du jugement de valeur ? Vaste débat, n'est-ce-pas. Dont, une fois de plus, je ne sais pas quoi penser. Je me suis moi-même prise en flagrant délit de paresse intellectelle.

27.11.2007

A Iskander

Très jolie, votre citation d'Appollinaire. Et très réconfortante...

Merci de votre fidélité. 

La femme aux bas noirs

Tout le monde l'a remarquée, dans le wagon. La femme aux bas noirs. Elle ne portait pas que ça évidemment, elle avait aussi un assez long manteau gris, mais ce manteau était semblable à tant d'autres, il n'aurait pas pu attirer l'attention. C'était les bas noirs. Des bas en laine absolument pas sexy, pas excentriques non plus d'ailleurs, juste remarquables. Alors tout le monde les a remarqués.

S'en est-elle rendu compte ? A-t-elle vu avec quelle curiosité autour d'elle les gens lorgnaient ses jambes ? Il y avait sur ses bas des chats multicolores qui se donnaient des coups de pattes.

Elle, elle lisait son journal du matin. Debout au milieu des autres. On voyait ses mains, la droite surtout, tendues comme par un fil invisible, veineuses, vieilles finalement. Plus vieilles que son visage. Plus vieilles que ses bas noirs.

En réalité, peut-être qu’elle a paru belle. Une vision désaccordée de ce qu’elle était, elle, femme aux bas noirs qui attirait les regards. Elle avait aussi cette manie de rejeter la tête en arrière à chaque accélération du train, et alors, elle voyait les gens autour d’elle. Ceux qui la fixaient. C’était un drôle de petit instrument, cette inconnue-là. Qui jouait sa musique à elle.

Le train est arrivé. Elle a dit pardon, sans regarder personne, elle est descendue en repliant son journal. Sur le quai elle a enfilé des gants, puis elle a tourné le dos pour poursuivre sa route. Soudain elle n’était plus qu’une petite silhouette en manteau gris et en bas de laine qui s’éloignait. Et tout au bout là-bas, juste avant de disparaître, elle a une dernière fois rejeté la tête en arrière. C’était comme si les chats multicolores sur ses bas de laine s’étaient mis à ronronner. Elle est partie.

26.11.2007

Le monde est fou

    Parfois, je voudrais savoir dessiner l'espace. Celui qui ouvre à la confidence, celui qui est un temps avant d'être un lieu, celui qu'on ne prévoit pas. Celui qui ressemble à une respiration.

Mais je ne sais pas dessiner. Je ne sais pas prier non plus. Je sais juste saisir l'instant. 

    Parfois je voudrais pouvoir figer les choses à ma portée, pour ne plus devoir saisir le vide, pour ne plus heurter l'infini mouvement du monde.  Celui qui m'enchaîne malgré moi, celui qui plombe mes désirs et nourrit le désespoir. 

Mais je n'ai pas de magie dans ma besace. Je n'ai même pas la volonté qui pourrait faire naître l'illusion de la magie. Je n'ai que de l'attente en réserve.

    Parfois je voudrais avoir tout dit, l'essentiel et le reste, et la vérité de l'instant, et celle que je n'ai pas su écrire mais qui continue de battre en moi. Parfois, j'aimerais croire que les mots prononcés sont plus grands que ceux que l'on cache. Parfois, il me semble qu'à dire, je construis un autre monde, un dans lequel je n'ai pas ma place. Un qui est meilleur que le réel.

Dis-moi pourquoi je garde en mémoire tous ces mots alignés par d'autres qui ont dessiné un instant de notre espace et qui ne sont plus que poussières de confidences. Dis-moi pourquoi la vérité finit par s'évanouir. Dis-moi pourquoi je me lasse de tout.

23.11.2007

Dix ans déjà...

Le sommeil 

 

Du sommeil à mon sommeil je guette tout un long jour

La nuit qui me ramène enfin

Enfin le sommeil le rêve et ses merveilles 

Où de grands oiseaux blancs tournoient lentement

Oh regardez, il neige de grands oiseaux de neige

Et de fatigue en fatigue

Emportée je navigue

Oh ne m'éveillez pas ! 

 Des milliers d'oiseaux de lune se posent sur la dune

Ne les effrayez pas !

 

Oh laissez-moi dormir

Mes oiseaux pour escorte 

Je vais

La fatigue me porte

Plus loin

Plus loin

Par le silence silence silence... 

 

Des fleurs géantes

Du sable d'ambre

Il neige des plumes d'oiseaux de lune

Des déserts lents un continent

Et puis si loin si loin la mer

 

Du sommeil à mon sommeil je guette tout un long jour

Le rêve

Je rêve je rêve je rêve 

 

Barbara 

21.11.2007

Délire

Il y avait eu une époque autre. Bien longtemps auparavant, en des âges plus sombres et plus indistincts, le monde n’avait pas été monde, mais simplement éclatement sans fin de la masse des individualités, et rien n’avait jamais semblé avoir alors de beauté que dans la variété infinie. Personne ne s’en souvenait.

 

 

 

 

L’Ere avait tout changé. L’Ere avait instauré sa vision des choses, une vision unique qui n’existait que dans le faisceau étroit de son Regard. Elle était venue de l’est, tout d’abord, du plus lointain, parce qu’il ne pouvait en être autrement. Elle n’avait eu besoin que d’apparaître pour conquérir. Ni les armes ni la violence n’avaient été nécessaires dans son accomplissement rapide ; il semblait qu’Elle était née, et voilà tout.

Peut-être en réalité avait-elle toujours été présente, dans le cœur de chacun, aspiration secrète à un ordre plus grand que soi. Peut-être s’était-elle au contraire bâtie de l’opposition systématique à l’homme, dans une lutte qui taisait son nom. Cela n’avait pas la moindre importance, car à présent, Elle était là. Et Elle avait tout changé. Elle ne représentait rien d’autre que le monde dans lequel Erwan vivait depuis toujours. Il ne l’aimait pas, il ne la détestait pas, il ne savait même pas qu’Elle constituait son seul horizon. Comme les autres, il l’appelait l’Ere, dans l’ignorance totale de ce que ce mot avait un jour signifié pour son peuple. C’était juste… un nom pratique. Il fallait bien dire quelque chose. Il fallait bien trouver un nouveau vocabulaire pour un nouveau monde.

 


Bien sûr, pour Erwan, rien n’était réellement nouveau. Pas même la paix.

Il vivait comme avaient vécu ses précurseurs, comme vivraient sans doute ses successeurs. Il était conscient d’avoir un jour manqué de quelque chose, car parfois, certains l’appelaient dans l’ombre de son nom oublié. Il ne se retournait jamais sur ces murmures indistincts qui parsemaient sa route ; il ne les entendait pas vraiment, au fond, il avait l’habitude du brouhaha des Rejetés, et savait que chacun faisait un jour l’expérience de leur appel timoré. Il s’agissait de garder l’esprit focalisé sur le but à atteindre, sans prêter attention aux myriades de points brillants jalonnant l’Ere, car l’Ere était une, et le reste n’existait pas.

 

La dilution de ses pensées dans le grand ensemble lui apportait encore aujourd’hui le même sentiment d’étrange exaltation que la toute première fois qu’il en avait fait l’expérience. Il ne restait pas connecté en permanence, car il avait besoin de satisfaire les exigences physiques inhérentes à sa nature humaine, mais c’était toujours la même joie qu’il ressentait en revenant aux Autres. Parmi eux, il n’était plus qu’immatérialité, et pourtant il demeurait un.

Il accomplissait sa tâche presque automatiquement ; le trajet à suivre était simple, les paquets de données possédaient leur propre vitesse d’exécution qu’il n’avait plus qu’à associer à la sienne. D’ailleurs, il ne les transmettait pas vraiment, il se contentait de les guider vers leur destination, toujours la même, bien que toujours ailleurs. Il revenait ensuite à son point de départ, se laissant flotter parmi les Autres, effleurant parfois un esprit au passage, par simple courtoisie. N’importe qui d’autre aurait pu procéder au transfert. Tôt ou tard, il irait dans une section différente du grand ensemble, où on lui confierait peut-être une nouvelle tâche. Il se contentait parfaitement de ne représenter qu’un point statique parmi des milliards d’autres, un nœud de données rattaché à l’Ere par le corps, associé au reste du réseau par l’esprit. Il ignorait quelles informations transitaient à son carrefour, et il s’en moquait. Au moins, dans le grand ensemble, les choses avançaient sans heurts. Certains paquets le gênaient, trop lourds pour se mouvoir, exigeant de lui qu’il trouve un nouveau chemin. Il s’ingéniait alors à leur faire rejoindre un torrent de données déjà lancées ; parfois, il lui fallait vraiment les accompagner de toute sa force jusqu’à leur but, et c’était ces expéditions-là qui lui coûtaient le plus. Il devait presque toujours se déconnecter ensuite, pour se souvenir de respirer par l’intermédiaire de ses poumons, et non plus seulement en pensée. Heureusement, l’irruption de ces paquets dans le flot régulier de données était rare. La plupart du temps, il n’avait qu’à se laisser dériver d’accroche en accroche, jusqu’au pont final.

Ce qu’il y avait de merveilleux, dans le grand ensemble, c’était le changement perpétuel. Les choses bougeaient, lui-même se déplaçait, sans que rien ni personne n’ait donné l’impulsion de départ ; la seule énergie générée par les milliards de nœuds suffisaient à mouvoir l’ensemble du réseau. Au début, Erwan s’était senti constamment aspiré vers l’ailleurs, contraint de marquer chacun de ses passages, incapable ensuite de retrouver les icônes bleues qui lui servaient à baliser le chemin. Car le chemin avait bougé, en même temps que lui, et dans une direction imprévisible. Les Autres n’étaient pas toujours d’un grand secours lorsqu’il s’égarait ainsi, sans doute parce qu’eux-mêmes ignoraient leur propre situation dans le grand ensemble. Mais à présent, Erwan comprenait. Il ne servait à rien d’user de repères géographiques, chercher à emprunter des accès déjà marqués était source d’erreur ; il fallait simplement se souvenir. Se souvenir des Autres. Apprendre à identifier les circonvolutions de leurs esprits au sein du grand ensemble, pour pouvoir les reconnaître à chaque rencontre. Car s’ils bougeaient, s’ils bougeaient tous, ils ne changeaient pas de place les uns par rapport aux autres. Les esprits étaient la constellation principale du grand ensemble. Une fois qu’on en avait identifié la forme globale, on était assuré de retrouver son chemin.

 

Ce n’était pas toujours simple cependant. Erwan confondait parfois certains d’entre eux, parce qu’ils avaient pris une couleur semblable au fil de sa dérive dans l’immatérialité, parce que lui-même changeait un peu à chaque nouvelle connexion, parce que les choses n’étaient pas figées. Aujourd’hui encore, Erwan passait parfois beaucoup de temps à simplement retrouver la sortie. Il n’avait pas eu l’impression jusque-là de mettre sa vie en danger en errant d’un nœud à un autre. Il savait qu’en théorie, c’était possible. Il se demandait ce qu’il adviendrait alors de son corps, resté de l’autre côté, attendant que son esprit revienne en vain. Lorsqu’on mourrait sur le plan physique, en était-il de même dans le grand ensemble ? Pouvait-on mener deux existences totalement séparées, assez en tous cas pour que la fin de l’une n’entraîne pas irrémédiablement celle de l’autre ? Voilà une question qu’Erwan se posait parfois, quand il avait passé trop de temps dans le grand ensemble. Il n’était pas très sûr de vouloir connaître la réponse. Il préférait penser que son expérience lui permettrait toujours de retrouver la sortie, ou de localiser un Autre qui saurait le guider. C’était ainsi que fonctionnait le réseau, après tout. Et tant  que le réseau existerait, Erwan survivrait.


P.S. : il y a deux personnes au moins qui s'apercevront que je mets en ligne un vieil exercice de style. J'en suis donc à racler mes fonds de tiroir, mais cela ne saurait durer !  

19.11.2007

Sur l'air de : "un kilomètre à pied..."

    Je ne voudrais pas avoir l'air de tout ramener à ma petite personne, mais très franchement, mon idée de la solidarité commence à vaciller. En réalité, il faut le dire nettement : j'en ai marre ! Marre de ces métros virtuels, marre des queues interminables entre deux quais, marre d'être une lilliputienne dans un monde de géants, marre d'avoir en permanence le visage à hauteur de l'épaule, ou pire, du coude, de mes compagnons d'infortune. Marre, quoi !

    Et je ne dois pas être la seule. Malgré le calme affiché par tous, calme qui m'impressionne et dont je n'arrive pas très bien à déterminer la part de résignation en sus de la simple et pure fatigue. Bon, il faut bien le reconnaître, une grève cause forcément quelques désagréments, sinon ce n'est pas une grève. Et tu me connais, mon respect pour le droit de grève est immense. Et tous ces gens qui refusent la réforme ont sûrement d'excellentes raisons de le faire. Et un peu de marche à pied n'a jamais tué personne. Et... et voilà, je suis à court. Parce que fondamentalement, j'en ai marre, plus que marre, de partir de chez moi à 7 heures pour y revenir à 20 heures. 

    Alors ceci est mon coup de colère de la semaine (du mois ?).  Navrée d'imposer cela à tous, mais ça défoule. Je vais essayer de continuer à me tenir bien dans les transports, et à sourire de l'absence desdits transports le cas échéant. Tiens, c'est promis, je vais même considérer tout ce pataquès comme une expérience pas si inintéressante que mon mauvais esprit persiste à le dire. Mais tout à fait entre nous, franchement : vous n'en avez pas marre, vous aussi ?

    Bon courage aux victimes involontaires des conflits sociaux, quel que soit leur bord, quel que soit leur quai de rade. Et à toi, en particulier, toutes mes pensées. 

17.11.2007

Oublier notre héritage

    Mon titre est une provocation, car ce qui l'a inspiré est un ouvrage qui traite justement (en grande partie, tout au moins) de la mémoire, et du devoir afférent dont on nous rebat les oreilles. Depuis quelque temps, je m'attarde en imagination du côté de la seconde guerre mondiale, et cela commence à me peser.

     Je voulais toutefois te parler de ma dernière lecture. Il s'agit du Rapport de Brodeck, de Philippe Claudel (l'auteur entre autres des Ames grises). Voilà un livre que j'ai lu plus lentement que d'habitude. M'a gênée je pense le mélange entre conte et réalité qui caractérise la narration. Je suis restée curieusement extérieure à l'histoire pendant disons la moitié du roman ; il me semble pourtant que la principale réussite de P. Claudel consiste bien à mener jusqu'à son terme cet étrange entre-deux qui nous fait naviguer de la fable à la plus sinistre trivialité, de l'histoire devenue (ou en train de devenir) légende à l'horreur sidérée que réveillent les faits bruts. Car tout de même, il s'agit bien de la seconde guerre mondiale, de la déportation et de l'occupation. Tout cela ramené  au cadre très délimité d'un petit village isolé, qui se veut extérieur au monde, mais qui finit par participer à toutes les horreurs de son temps. Le village en question, bien que longuement décrit, n'est pas situé de manière précise ; la grande ville où Brodeck va faire ses études non plus, même si nous comprenons qu'elle se trouve dans le pays qui deviendra très bientôt l'ennemi. De fait, tout le contexte reste volontairement vague, l'usage de termes étrangers renforçant l'impression d'être pris dans une histoire qui se déroule à la fois maintenant et autrefois, ici et ailleurs, qui confronte des personnes réelles (voire existantes) à des êtres pas tout à fait de notre monde, en tous cas pas de la même humanité. Nous sommes dans un univers qui a toute sa réalité pour Brodeck. Mais Brodeck lui-même sait-il bien ce que le mot "réalité" signifie ? Est-il tout à fait sûr d'appartenir à ce village ? D'y avoir jamais appartenu ? D'ailleurs, Brodeck peut-il ne serait-ce que dire QUI il est, lui, le narrateur, l'innocent ?

    Je ne veux pas donner de détails ici sur le déroulement de l'histoire.  Car il y a bien une histoire, ou plutôt des histoires, que Brodeck nous raconte comme il le peut, et qui se mêlent à la description de la vie dans ce petit village retiré. Comme je le disais, j'ai eu du mal à me laisser happer par le roman. Mais j'ai toujours du mal avec le mélange des genres, surtout lorsqu'au bout du compte, c'est au massacre des innocents que l'on me propose d'assister. Pourtant, il faut tout de même que je le reconnaisse : quelle écriture ! Quel miracle de rythmes sinueux, rocailleux, râpeux comme la nature qui écrase peu à peu le village ! Je ne ferai aucune analyse du Rapport de Brodeck sans l'avoir relu au moins une fois, mais je m'incline très bas devant l'écrivain qu'est Philippe Claudel. Il m'a retenue par la force de ses mots alors que je résistais à chaque page. Certaines descriptions m'ont... bouleversée. Et l'émotion dont je ne voulais pas qu'elle prenne corps, dont je refusais la portée d'identification, a fini par surgir. Alors il faut le lire, ce roman. Le lire et le relire. Et s'en souvenir.

15.11.2007

Aujourd'hui

Le soleil est si pâle, et le monde si tremblant. J'ai regardé ailleurs, pendant quelques minutes, pour le fixer dans le miroir. Je l'ai vu osciller. J'ai bougé avec lui, danse dont j'ignorais le nom qui m'a doucement poussée sur le bas-côté, le coeur au bord des lèvres. Il m'a fallu basculer le miroir pour revenir dans la course des choses.

Ce n'était pas grave, de regarder le monde passer. Ainsi je pouvais tout voir.  

Sauf toi. 

J'ai décidé que l'absence avait sa raison d'être. Que je pouvais enjamber le rebord des événements et me joindre au reste du monde sans me soucier que plus personne ne l'observe.

Je fais partie de la ronde. Dansons, dansons ensemble encore une fois, laissons le temps juger de ce qu'il nous reste à vivre. 

Je suis un de ceux-là, je suis tous ceux-là qui virevoltent autour de nous. Je suis d'ici. 

Où es-tu ? 

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