30.07.2007

Le silence se cultive

    Oui, je sais, voilà déjà plusieurs jours que notre correspondance est en souffrance... Je crains d'avoir cédé à l'un de mes travers favoris : une fois le message composé dans ma tête, je ne ressens plus le besoin de le transcrire, encore moins de le "poster", comme on dit dans ces murs.

    En outre, je suis à court de sujets. De quoi pourrais-je bien parler, ces temps-ci ? Du temps qu'il fait, justement ? Non, nous en avons déjà discuté. De récents achats ? Tu sais, moi et les soldes... Du dernier livre lu, alors. Ou dévoré, devrais-je dire. Oui, je pourrais parler de cela, sauf que je ne suis pas critique, qu'à mon humble avis (pas si humble, d'accord, mais néanmoins tout à fait personnel), ce bouquin ne vaut pas le temps que nous passerions à en parler, et que je ferais bien mieux de m'intéresser à ce curieux penchant que j'entretiens pour les trucs ratés.

    A la réflexion, je retire ce mot de "ratés". Médiocre ne convient pas davantage. En fait, je ne sais pas quel terme accoler à ces nombreux bouquins que je lis par pur instinct de consommation, pour meubler des heures, pour déguiser mes activités quotidiennes. Certains sont plutôt réussis, j'imagine, d'autres doivent être carrément mauvais, voire même nauséabonds lorsqu'il s'agit de ces polars qui se multiplient comme autant de petites pierres sanglantes dans la mare de nos fantasmes. Pourtant, en termes de "nourriture", ce sont bien les polars qui ont ma préférence. Prenons le Da Vinci code, par exemple : eh bien je l'ai lu. Je l'ai détesté de la trentième (approximativement) à la dernière page, mais je l'ai lu. Tout comme j'ai lu il y a peu le dernier polar du même genre sorti, L'évangile selon Satan. Je n'ai pas envie d'en faire l'exégèse (je sais, ça fait prétentieux, mais tu avoueras qu'au vu du titre, le mot s'imposait) ; je ne sais pas encore ce que je pense de ce bouquin, à vrai dire. Ce qui m'intéresse, en ce moment, c'est la raison pour laquelle je l'ai acheté. Au moment où je l'ai pris sur le rayon, je me souviens m'être dit que celui-là, mieux valait ne pas l'acheter. Mieux valait ne pas le lire du tout, en fait. Avec un titre pareil, et la multiplication du genre "polar ésotérique" que nous infligent les éditeurs depuis ce Da Vinci code de sinistre mémoire, payer L'évangile selon Satan serait encourager à mes frais tous ceux qui pensent qu'un bon filon doit s'exploiter jusqu'à la moelle (ne suis-je pas en train de mélanger les métaphores ? Pardon d'avance).

    C'est une question qui vaut le coup d'être posée, tu ne trouves pas ? Pourquoi ai-je finalement acheté ce livre ? Qu'est-ce que j'espérais y trouver en dehors de 3 ou 4 heures d'évasion facile ? Et qu'en ai-je finalement retiré ? On dit souvent qu'éprouver du plaisir en lisant un livre suffit à justifier l'existence de ce livre. Je ne crois pas que cela soit aussi simple. C'est mon interrogation du jour, et qu'elle me pousse à aller farfouiller un peu dans mes souvenirs de lecture inavouable est sans doute le corollaire aussi décourageant qu'inévitable de toute pensée miroir. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es ? Ô dieu, j'espère que ce n'est pas vrai.

23.07.2007

De la relativité des mots

    En réalité, tu ne me manques pas. Tout comme ne me manque pas non plus la personne que j'étais lorsque nous nous connaissions encore. Mais j'ai un sentiment d'inachevé, bien sûr, ce goût de honte que me laissent inévitablement les relations humaines poussées à un certain point de précision. Je me contente si bien de la surface des choses... Avec toi, ça n'a pas été possible ; les questions ont été la seule règle de communication entre nous, n'est-ce-pas ? Alors j'ai joué le jeu, j'ai voulu expliquer. Comprendre.

     

    Je n'y parviens jamais, et tu en es l'exemple le plus frappant. Je ne comprends pas la notion d'échange, encore moins celle de partage. Une idée paraît toujours plus approximative une fois exprimée, les mots ne sont jamais les bons, la sensation physique n'est jamais définissable. Tout s'affadit lorsqu'on tente de communiquer, l'unicité du ressenti se noie d'être dévoilée. En tous cas, c'est ainsi que je le vis. D'ailleurs, la plupart du temps, je ne sais pas quoi dire. Oh, j'ai fait d'énormes progrès, il est rare aujourd'hui que je reste totalement silencieuse, mais... Mais je ne compte plus le nombre de fois où je me suis tue, rendue muette par la simple idée que mes propos seraient inutiles, maladroits, inappropriés ou tout bêtement mal compris.

    J'aimerais avoir assez de discipline pour passer au gueuloir non seulement ce que j'écris mais aussi ce que je dis. On devrait y parvenir, tu ne crois pas ? S'arrêter sur une phrase, une seule, et s'accorder le temps de soigneusement peser chacun des termes qui la composent. Je sais ce que tu me répondras : et la spontanéité ? Oui, hé bien, la spontanéité, je n'aime pas ça. Je ne la trouve pas très bonne conseillère, pour tout te dire elle aurait plutôt tendance à compliquer les choses. D'ailleurs je ne vois pas en quoi un commentaire aurait plus de valeur parce que spontané. C'est un peu comme dire ce que l'on pense, cette obsession actuelle de la transparence qui à moi me semble être davantage l'excuse des paresseux et des égoïstes qu'un réel accès de sincérité. Franchement, est-on jamais sûr de ce que l'on pense ? A-t-on pris le temps de s'interroger, de dépasser la réaction viscérale que nous inspire une situation donnée avant d'émettre son avis ? Tu vois (ça va te rappeler quelque chose), c'est dans ce genre de circonstance que je suis à deux doigts d'admettre la supériorité de la musique sur la littérature.

    Oui, c'est vrai, j'ai longtemps cru que les mots constituaient la seule matière de toute réalité, que sans eux, penser, se penser, ressentir, était vain.  Mais la musique, ce langage entier, artificiel, clos sur lui-même, parvient à communiquer l'émotion. Il nous fait ressentir quelque chose dont le sens importe peu, il suscite même le partage, et cela sans qu'on ait besoin de le comprendre. Il défie l'analyse au profit de la sensation.  Les mots, au contraire, sont de véritables chausse-trappes. Je suis prête à croire qu'il existe une vérité du monde inscrite au coeur du langage, et que dédier sa vie entière à en décrypter le sens est la vocation la plus noble qui soit, oui, en ce sens, j'ai la foi, je suppose. La foi en quelque chose de plus grand que nous. Mais le sacrifice en retour n'est-il pas l'abandon de l'espoir de communiquer avec qui que ce soit ? Si vraiment le mot juste est possible, atteignable, tous les autres sont forcément vains. Pire que vains, ils trompent, ils sont source de mensonges. L'échange est donc impossible tant que nous ne sommes pas maîtres du langage, tant que c'est lui qui nous manipule. CQFD, ma chère : j'avais raison, je le pense toujours. Même toi, tu n'auras pas réussi à me faire changer d'avis sur ce point.

20.07.2007

Le mot du vendredi

    Nuit blanche ou tout comme, esprit embrumé, yeux brûlés, ce n'est jamais l'état idéal pour m'adresser à toi. Mais je fais de mon mieux, tu me connais.

Quelques mots, donc, en passant, façon d'entretenir et l'esprit et le coeur de ce blog. Depuis environ un mois et des poussières, je n'ai laissé que 15 notes ici. Comparée à d'autres, je ne suis pas  très bavarde, me semble-t-il. J'espère étoffer peu à peu le contenu du blog, mais j'en suis encore à comprendre ses différentes fonctionnalités, donc... il faudra s'armer de patience. Et de toute manière, j'ai imaginé ceci davantage comme une correspondance vouée à l'archivage que comme une vraie expérimentation multimédia.

L'inconvénient étant l'allure autistique que doit arborer le blog, je suppose. Je ne sais pas très bien comment remédier à cela puisque j'écris à peu près au fil de la plume ; ce sont des extraits de lettres qui éclosent ici plus ou moins heureusement.  Interlocutrice de choix, tu présentes l'avantage de connaître par coeur mon style et ses petites manies, je n'ai pas grand-chose à expliquer, ni à défendre d'ailleurs. Le seul effort auquel je dois consentir est de me souvenir.

    Néanmoins, j'ai ce matin le sentiment de faire preuve envers les éventuels lecteurs du blog d'une certaine impolitesse. Comment dire cela... je n'oublie jamais que vous pouvez me lire, vous tous qui vous promenez par ici. Et même, avouons-le, j'attends avec impatience de consulter les statistiques de visites. Mais je ne suis pas un hôte aussi chaleureux ni aussi actif que bien d'autres découverts au sein de cette galaxie blogueuse nuitamment explorée. Si donc vous avez eu l'impression d'être ignorés, si vous vous êtes sentis exclus, sachez que je garde toujours dans un coin de ma tête l'idée que vous êtes là. Peut-être trouverais-je dans l'avenir le courage de m'adresser à vous plus directement, de vous prendre même à témoin, qui sait. Pour l'instant, je préfère ce dialogue virtuel qui me rappelle les conversations du vrai monde et qui me rassure. N'en soyez pas offensés, cela ne signifie pas que vous ne m'intéressez pas. Au contraire. Un jour ou l'autre, nous nous rencontrerons sur ce blog.

    C'était mes quelques mots en passant. Bon week-end à toi, toujours. Bon week-end à tous. 

19.07.2007

Aparté en guise de "ah oui, mais c'est donc ça!"

Petits extraits de ma récente conversation téléphonique avec un bout'de chou de 4 ans et demi (presque 5, non mais des fois !) :

 - bout'de chou : "moi, je me suis baignée, et toi ?"

- moi : "je n'ai pas de piscine ici"

- bout'de chou :  "ma piscine à moi, elle est pas rose, mais elle est bleue. C'est mieux que noire, quand même, hein ?"

- moi : "le noir, c'est pas bien ?"

- bout'de chou : (la nuance interrogative de mon intervention lui ayant apparemment échappée) : "mon papa il aime le noir, mais pour NOUS LES FILLES, le noir c'est pas bien. Les jolies couleurs, c'est le rose, et le jaune, mais pas le noir."

- moi : "ah oui, le noir, c'est pour les garçons"

- bout'de chou  : (la nuance ironique de mon intervention lui ayant apparemment échappée, mais avec un sens de l'à-propos remarquable) : "tiens je te passe Papa."

    Voilà. Elle a pas encore 5 ans, mais elle sait déjà tout ce qui fait la différence entre les garçons et les filles.  J'ai passé environ une demi-heure au téléphone avec elle, et j'en suis ressortie à court de souffle, étourdie comme d'habitude par son énergie, surprise de la découvrir si pleine de certitudes. Je ne sais pas à quoi je pensais, à son âge, mais on avait dû oublier de me dire que : "rose, c'est joli, noir c'est pas beau POUR LES FILLES"(je t'assure que quand elle le dit, on jurerait entendre les majuscules). J'ai encore pas mal de choses à apprendre, qu'est-ce que tu en penses ? C'était donc ça, le grand secret !

18.07.2007

"Le détail qui tue"

    J'ai mis du temps, mais ça y est, j'ai enfin compris pourquoi j'aimais tant Patricia Highsmith : c'est pour son sens du détail. Pour le miracle d'une écriture si serrée que rien n'en déborde, mais qui suinte le malaise.

La plupart du temps, P. Highsmith raconte des petits riens, des micro-événements qui précèdent ou suivent une action criminelle, qui peuvent en être le moteur, qui sont parfois dénués de tout arrière-plan psychologique explicité. Leur rôle est pourtant bien de rendre signifiante l'action de ses personnages (mon dieu, comme je déteste cette phrase... mais tu comprends ce que je veux dire). Chez Patricia Highsmith, pas besoin de néons éclatants pour nous expliquer que Mr X, ou Mme Y, Mr X en général, fait ce qu'il fait. Elle décrit les actes, de préférence les plus quotidiens. Au lecteur d'en tirer les conclusions.

 

     Je suppose qu'on peut s'ennuyer en lisant ses romans. Il ne s'y passe pas grand-chose, hors la peinture pointilleuse d'états intérieurs profondément perturbés. Elle limite les actes criminels à leur plus simple expression, et manifeste une préférence marquée pour les assassins malgré eux, ou plus troublant encore, pour les amoraux qui s'en sortent sans dommage. Elle est capable d'écrire un passage de ce genre (je résume de mémoire un extrait de son roman Mr Ripley, et ma mémoire n'est pas terrible...) : "il essaya de ne pas vomir, mais comme il avait décidé de raconter à la police qu'il était malade, il comprit qu'il ne pourrait pas s'empêcher de l'être vraiment".

C'est ça aussi, P. Highsmith : l'affirmation permanente de la supériorité de l'état psychologique sur le réel, pour le meilleur et pour le pire. Je pense que c'est ce qui fait naître le sentiment de malaise chez son lecteur. Tout semble étrangement... gauchi, dans un roman de Highsmith, chaque détail, même le plus insignifiant, surtout le plus insignifiant, étiré jusqu'à ses limites. La réalité nous apparaît vue à travers un prisme que je ne peux que qualifier de pathologique. Voilà qui me fascine : comment en grattant le quotidien glisser tout doucement non pas vers l'horreur, mais vers le dérangeant, le : "quelque chose se passe ici, à cette seconde, qui n'est pas très normal", le : "je ne suis plus dans la réalité, je suis dans la tête de quelqu'un et ce quelqu'un est en train de devenir fou". Fou d'amour, fou de jalousie, fou de convoitise, qu'importe ? Dans le monde de P. Highsmith, les seuls gens vraiment intéressants sont ceux que leur faculté d'imagination met constamment en danger, sur le fil du rasoir si tu me pardonnes cette expression galvaudée. Elle ne néglige évidemment pas les mobiles, mais contrairement à bien des auteurs de policiers, elle met d'abord en avant la motivation psychologique qui conduit au crime. Ce peut être dérisoire, ce peut être un tremblement de terre intérieur, mais c'est toujours en soi. Il est rare chez Highsmith qu'on assassine par simple appât du gain. D'ailleurs il est rare qu'on assassine tout court, et l'acte en lui-même n'a aucun intérêt.

 

    C'est probablement l'une des raisons qui expliquent l'absence de morale caractérisant la plupart de ses oeuvres. Le bien, le mal, ces concepts ne fascinent absolument pas Highsmith. Elle est bien davantage guidée par la recherche des sentiments morbides, ou délétères, ou destructeurs, tout ce qui rend l'homme acharné à sa propre souffrance. Mais elle le fait avec l'écriture la plus neutre, la plus délicatement pointilleuse, que j'ai jamais lue dans un roman noir. Pas d'étalage chez elle, ni de drame, ni même de commisération. Juste ce qui se passe dans la tête d'un individu amené au crime, que ce soit par ses propres désirs pervers ou par des circonstances extérieures. C'est noir, très noir, sans grande illusion sur la nature humaine. C'est en même temps fantasmagorique, parce que son personnage fétiche, Tom Ripley, ne peut être qu'une illusion, un double d'elle-même écrivant. C'est en tous cas, très souvent, magnifique.

    Il n'y a pas grand-monde dans mon entourage qui apprécie Patricia Highsmith. Pourtant, ses romans valent le détour. Ils existent tous en poche, et sont réédités très souvent, alors si tu veux jeter un coup d'oeil, va directement à son chef-d'oeuvre : Le journal d'Edith. C'est un pur naufrage intérieur, et, tu t'en doutes, chez Highsmith, le "happy end" est une notion très très surfaite... 

16.07.2007

Ce si long silence

    Je déteste toujours autant le silence. Le silence, c'est du temps qui file entre mes doigts. Le silence, c'est un peu comme ce blog : un trou noir dans lequel s'anéantissent mes pensées.

    Je ne veux pas de ce magma-là, tu sais. Il y a de l'écho dans ce foutu silence, on ne peut pas y échapper. Je voudrais bien ne pas avoir à l'affronter, je voudrais bien pouvoir lui cracher à la figure. Je ne veux plus m'entendre.  Cette sarabande, je la connais par coeur, elle pue la marée, elle ne fait émerger que le plus noir des rebuts, elle ramène à la surface les seules choses que j'ai jamais voulu noyer, que je veux voir crever avant moi. Le silence me tue à petit feu. Il me tue simplement parce qu'il me laisse le temps de penser. Et je ne peux pas le vomir, et je ne peux pas m'extraire de son emprise , et  je ne peux pas m'arrêter de penser. Ce n'est pas un tombeau, non, ce serait plus facile ainsi, c'est un lieu hanté, un véritable marais de choses vues et pas dites, dites et jamais faites, faites et regrettées, et tu es là-dedans bien sûr. Tu es là-dedans par ma faute. Comment ai-je pu croire qu'ici, le silence ne serait plus vraiment le silence ? Comment ai-je pu croire que se défaire de soi serait un jour possible, ici ou ailleurs, dans un monde ou dans l'autre ? Comment ai-je pu croire en ma propre force, dis-moi ?

     Je vomis le silence. Je veux que chaque seconde gagnée sur lui soit une seconde de répit. Je veux qu'à chaque réveil brutal de mes pensées arrive aussitôt le bruit, tous les bruits du monde entre elles et moi, une frontière que ni la nuit ni les autres n'abattront jamais, mon propre silence maîtrisé, voulu, construit brique à brique et inaltérable. Mon silence. Et rien n'en viendra à bout, de celui-là, de mon silence intérieur, j'en fais le serment. Il est à moi. Il me sauve. Il est la seule chose qui résiste encore à l'anéantissement. 

    Je connais la réponse : ne pas penser. Ne pas s'entendre penser. Détester encore et toujours le silence, celui qui ramène tout et détruit tout, celui qui est un miroir. Et détester tous ceux qui essaieront de jouer son rôle dans ma vie, y compris toi. Car toi aussi, tu la connais, la réponse, n'est-ce-pas ? Toi aussi, tu as détesté le silence. 

13.07.2007

Ouf

    Un petit soupir de soulagement à la pensée du week-end qui s'annonce et que j'espère très sérieusement réussir à convertir en heures de sommeil réparatrices.

   Léger pincement de dépit, par ailleurs : je n'ai rien fini de ce que j'avais commencé. Voilà typiquement l'un de ces moments horripilants où je me mets à compter les heures perdues en oubliant qu'elles ne le sont jamais totalement, perdues. Ou, si tu préfères, je suis en train de contempler mon verre à moitié vide. Un accès de pessimisme ? Penses-tu ! Juste l'ensevelissement quotidien de mes faibles capacités d'anticipation. Je n'ai une fois de plus rien programmé, rien établi, jusqu'à la dernière minute. Je ne serai donc vraiment disponible pour personne, ce week-end, tout en essayant de voir chacun.

    J'ai bien peur que tu ne fasses partie de ceux que je vais négliger ces deux ou trois prochains jours. J'ai besoin de réfléchir un peu, à toi, à ceci, à ce que je compte en faire. Je voudrais tirer un petit bilan de ce début de blog, essayer d'imaginer sa finalité si tant qu'il en est une autre que celle (limitée) de me servir de chambre d'écho. J'ai besoin, sans doute, d'un regard extérieur. Je ne suis pas prête de le trouver, n'est-ce-pas ? En tous cas, tant que je n'ai pas éclairci mes impressions, je veux prendre un peu, tout petit peu de recul.

    Mais je te reviendrai, je crois bien. Comme je n'ai pas cessé de le faire depuis... depuis tout ce temps. Alors, sois patiente, accorde-moi un délai de réflexion.

    Bon week-end à toi, bon week-end à tous. 

12.07.2007

Il paraît qu'il va faire beau un jour

    Oui, ça ne t'aura pas échappé, c'est le grand sujet à la mode, en ce moment : le temps. Le soleil. Ou plus exactement l'absence de soleil. Chaque soir, les présentateurs de la météo. nationale prennent une expression compassée pour nous annoncer que certes ils avaient prévu un mieux, mais finalement, scusez-nous Mesdames-Messieurs, ce sera pour plus tard, pour demain, peut-être, après-demain sûrement, faites-nous confiance. On n'est quand même pas à un jour près, hein, et de toute façon, ma bonn' dame, c'est une loi de la nature, après le 14 juillet, il fera beau et chaud.

    Beau et chaud, bien sûr, parce que ce serait ça la bonne nouvelle. Nous sommes en été, que diable ! Donnez-nous une bonne petite canicule ! Ou juste un 30° approximatif, on n'est pas difficile, et on ne souhaite de malheur à personne. Je fais comme les autres, tu imagines bien, je râle, je me plains, je ronchonne. Et j'acquiesce : c'est vrai que les journées ne sont pas terribles en ce moment, sans même parler des week-end, c'est vrai que s'habiller devient problématique.

Mais tu veux que je te dise ? J'adore ça. J'ai l'impression d'être en automne, ça me rappelle la rentrée. Il fait froid le matin, froid le soir, et franchement pas chaud dans la journée, bon, et alors ? Profitons-en. Ça vous a un petit goût de temps à la Barbara, ce ciel chahuté qui semble perpétuellement hésiter entre deux humeurs contraires. Paris ressemble à une chanson, en ce moment. Ça ne va pas durer, tôt ou tard, les prédictions de nos représentants officiels du bonheur en vacances vont se réaliser. Alors je pourrai me plaindre plus légitimement que je ne le fais aujourd'hui, et, c'est promis, tu auras l'écho de mes lamentations. Mais là, juste entre nous, il fallait que je le chuchote : j'aime la météo de ce mois de juillet. Elle me ravit. Il en faut pour tous les goûts, comme disait l'autre. 

11.07.2007

Je voulais te dire...

    Des tas de choses, sans doute. Des "oui, je sais, mais", des "sauf que", des "j'ai raison"... Tout ce qui allait me permettre de transformer l'exercice stérile de ce blog adressé à personne en véritable mantra explicatif dont l'efficacité serait d'autant plus grande qu'elle n'apparaîtrait qu'à mes yeux.

    Hé bien, j'ai une grande nouvelle : ça ne marche pas. Ça ne marche pas du tout, pour être honnête. Parce que tu es là, toi, dans un coin de ma mémoire. Parce que chaque mot écrit ici me semble froid, dénué de la moindre résonance, parce qu'il me manque un écho. Je n'en avais pas davantage dans mes lettres, je sais. Mais c'était différent, j'osais dire bien plus que sur ce blog. Et j'en viens à la conclusion terrible que mon principal obstacle, ici, c'est toi. Je voulais te confier toutes les choses sans importance qu'on ne dit jamais à personne, que moi en tous cas, je préfère taire. Je n'aime pas parler de petits riens, je trouve que c'est une perte de temps ; de toute manière, on n'arrive jamais à se faire comprendre comme on le voudrait. Le blog me semblait idéal pour rattraper le manque de confidences entre nous, mais voilà, je n'y crois pas, je ne peux pas y croire. Tu n'es pas là. Ce que j'écris n'a pas davantage d'intérêt à mes yeux aujourd'hui que lorsque tu me demandais de te le raconter autrefois. Rien n'a changé.

    C'est de ta faute, aussi. C'est toi qui m'a fait croire que tout cela pouvait avoir un sens , alors que depuis bien longtemps je n'en cherchais plus. Et c'est pour toi, je suppose, que je vais malgré tout continuer l'expérience. Jusqu'à quel point ? Jusqu'à laisser le phénomène s'emballer de lui-même, peut-être. Oui, voyons un peu où m'entraîne ce blog. Laissons s'écouler le temps, c'est ma seule arme. De toute manière, toi et moi nous le savons, rien de ce qui est vain ne coûte très cher.

10.07.2007

Quelques nouvelles de moi-même en tant que moi

    Ça va te faire sourire, mais je n'ai pas arrêté de fumer. Pas encore, ou toujours pas, selon la formule que tu préféreras (je sais laquelle moi je choisirais, mais je n'ai pas envie de faire preuve de trop de réalisme aujourd'hui).

    Donc j'assume toujours mon vice, plus ou moins bien, et malgré les multiples tentatives de mon entourage pour m'en dégoûter. Figure-toi que dans ce merveilleux monde qui est le notre,  on m'arrête même dans la rue pour me faire la morale. Mais les gens devraient le savoir  : on est déjà au courant. Si, si, je t'assure, on a toutes les informations. C'est écrit en gros caractères sur les paquets, que fumer tue. Que ça rend impuissant (désolée, mais il y en a que ce genre de détails intéresse). Que ça multiplie les risques d'hypertension et de maladies cardio-vasculaires. Que ça provoque une mort lente et douloureuse. Etc, etc... C'est écrit partout, absolument partout, alors franchement, s'il suffisait de nous avertir, nous les fumeurs patentés, des dangers que nous courons, ça se saurait !

    Et puis, pourquoi j'arrêterais ? Non, sans rire, en te regardant droit dans les yeux, je pose la question fatale : pourquoi devrais-je cesser de pratiquer une activité qui me procure tant de plaisir ? Pour prolonger ma vie ? Cet argument, il me plaît beaucoup, tu sais, parce que je ne peux rien y opposer, il me réduit chaque fois au silence et au bout du compte, il ne change strictement rien à mon comportement.

    Voilà, malgré les changements de politique  (ou à cause d'eux, peut-être), je fume toujours. Je crois que ça va encore se prolonger un peu, vois-tu. Je crois que je vais continuer longtemps à aimer l'odeur du tabac, le claquement du briquet, et même, tiens, la gorge douloureuse des lendemains de soirées tabagiques à l'extrême. Ce n'est pas que je sois têtue, non. Ni totalement intoxiquée (cette vérité-là, je la regarderai en face une autre fois, d'accord ? D'accord !). Quelque chose qui me fait autant de bien ne peut être que mauvais pour la santé, oui, ok, je ne vais pas argumenter sur ce point de détail. Mais dis-moi, et le plaisir, dans tout ça ? Est-ce qu'il ne mérite pas lui aussi d'être cultivé à sa juste valeur, le plaisir ?

P.S. : cette note, tu l'auras compris, en souvenir de nos longues conversations sur le sujet, et en prévision de toutes celles que je vais devoir subir à l'avenir. Ne le prends pas mal, mais grâce à toi, j'ai développé un talent certain pour ignorer tous les arguments raisonnables, alors... merci. 

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